Miss Vicky et Mister Vinique sont dans un bateau…

Contenez vos contenus !
septembre 18, 2017
Le jour où les blogueurs ont pris le pouvoir
septembre 18, 2017

A gauche, Anne-Victoire Montrozier, alias Miss Vicky Wine, jeune princesse ès-dégustations, globetrotteuse issue du Beaujolais, coorganisatrice du premier  »VinoCamp » et du  »Chardonnay Day » en France, sans oublier son  »Miss Vicky Wine » en bandoulière ! A droite, Christian Bétourné, blogueur sur Littineraires Viniques, vieux shaman parfois furieux et souvent inspiré du vin, fine plume, fine gueule à la langue affûtée… Deux univers a priori très éloignés l’un de l’autre. Et si on provoquait leur rencontre ?

Christian : Oquaille. Cheeeeeeerrrrrssssssssss.

 

 

Miss Vicky : Hahaha, Oquaille… Pas mal, celle là… On va bien rigoler. CHEERSSSSSSS.

 

 

Christian : Rire, sans doute, mais de quelle couleur ? Echanges Fleuri(e)s, sans nul doute.

 

 

Miss Vicky : Toujours rose même à Paris, rose le sourire pas les roses. Elles changent selon l’âme et humeur, toujours pour me séduire. C’est quoi pour toi une fleur jolie ?

 

 

Christian : Une pivoine quelques minutes après que mon verre soit vide… Sourire sincère ou sourire branché de circonstance ?

 

 

Miss Vicky : Ça dépend des circonstances. Certains sourires font mal à la mâchoire, si c’était possible, je les réserverais pour Halloween… Mais ils sortent en situation d’urgence. C’est marrant que tu parles de pivoine, je me suis souvent demandé quel était ce parfum mystérieux dont on parle dans le vin, indécelable par mes narines. Ça sent quoi la pivoine ?

 

 

Christian : Ça sent la pivoine ! Un peu comme la rose, en plus intense, un peu sucré. En Beaujolais, chez les bons, pas les thermo-machins et encore dans les daubes de Novembre, ce n’est pas rare…

 

 

Miss Vicky : Oh… C’est donc que je l’ai trop sentie étant petite, née un jour de vendanges, je suis très vite tombée dans la potion. En parlant de Beaujo, le 18 novembre c’est le jour du Beaujolais nouveau. Chez Vicky Wine on décide de le fêter en musique, en bas des pentes de Montmartre. Après une fraîche gorgée de bon nouveau, on ira plonger dans l’éventail coloré de l’appellation, beaujolais village et beaujolais, blanc, rouge et rosé. Tu viens ?

 

 

(Silence)

 

Vindicateur : Et pour rebondir éventuellement sur la fleur : Vicky est un peu fleur bleue, et Christian fleur blues… C’est bel et bien un lien entre vous, non ?

 

 

Christian : Oui  »fleur-blues » assurément… Et plutôt fleur rose sur le blog de Vicky. Quand on se prénomme Anne-Victoire, quel dommage de s’affubler de ce nom de guerre – commerciale ! J’y suis allé sur ce blog tout en anglais ! Pauvre de moi qui ne baragouine (sans doute le canard jaune à la houppette rose et aux lunettes  »fashion » qui m’influence) qu’à peine l’anglais. Et le traducteur patenté, auquel j’ai fait appel, ne livre à mes yeux innocents que fariboles superficielles et auto promotion peu subtile. Que d’esbroufe, que de petits mots de branchouillette butineuse !

Mais quid de ce merveilleux Fleurie ? Un vin prétexte au business-mode qui plaît tant aux trentenaires friqués qui aiment à se rassembler en troupeaux rieurs dans les endroits incontournable du moment, pour célébrer, de concert bruyant de papotages insipides, leur narcissisme conquérant ? Ça pue la Rolex clinquante tout ça ! Ah, les joies de façade de ces gnous auto-satisfaits me navrent et l’air du temps m’insupporte… Je ne méconnais pas pour autant le travail que cela représente, les heures passées à  »monter les coups », la pub à tout crin, partout et nulle part. Mais du fond de ma paisible campagne je me dis tristement qu’il serait bien, tantôt, d’insister un peu plus sur le goût du vin (à supposer qu’il en ait) plutôt que sur le seul attrait, fugace, de  »l’événement »… Petit canard gracieux, que tu es beau pourtant, quand tu nages toutes plumes lissées, sur l’étang argenté de ma mémoire.

 

 

Miss Vicky : Bientôt mon cher Christian, quelle chance ! tu pourras me lire en français sur un nouveau blog dédié. Il te sera sans doute aussi superficiel car j’aime parler du vin avec légèreté.

 

Quoi que tu penses du rose, des canards et des paillettes, elles font briller mon vin qui, si délicieux qu’il soit, n’attirait ni badauds ni curieux. Vicky ça me vient de mes voyages américains et de mes années lycée. Plus facile et moins prétentieux qu’Anne-Victoire, que j’aime cependant porter. Le Beaujolais et ses crus n’ont pas toujours la première place dans le cœur de mes amis buveurs. Beaucoup de jeunes et de plus vieux, Rolex ou Flick Flack, n’en boivent plus, boivent mal et peu. Il y a les buveurs du Franprix, ceux qui fricotent avec les grands noms et les fous de vieilles étiquettes qui ont arrêté depuis longtemps, la découverte. C’est triste. On s’ennuie.

 

Mes soirées sont joviales, accessibles à tous, se suivent et se ressemblent peu. J’apprends le vin avec elles et donne l’opportunité à qui veut me suivre d’y goûter, de rencontrer de souriants vignerons passionnés. Rock ou Rap, or ou inox, vieux ou jeune, tout le monde est invité, érudits ou benêts. A condition bien sûr, d’y arriver avec le sourire et un peu de bonne volonté.

 

Si de ta campagne ce sont des choses qui te dépassent et que tu ne peux pas accepter, c’est dommage, je t’aurais bien invité. Mon vin tout nu ou habillé, est divin. Le millésime 2007 le dévoile avec élégance, fruit et une surprenante minéralité et structure qui lui donnent charme et grandeur. J’ai beaucoup de plaisir à le boire et à le partager. Quel que soit l’apparat, le cœur y est et tu ne pourras me l’arracher… Et toi avec ces longs monologues compliqués ? A qui penses-tu parler ?

 

 

(Silence)

 

Vindicateur : Eh bien, vous vous envoyez des roses avec quelques épines – j’espère qu’à la fin vous vous retrouverez sur les pétales ?

 

 

Christian : De retour de Vienne, Miss ? Où tu as dansé. Sûrement pas sur du Strauss mais sur du Guetta sans doute, après t’être montrée sur la scène (plutôt chiante et tout à la gloire des vins d’ailleurs) ? Tu as raison, là j’avoue, je provoque un peu…

Serais-tu de ces Janus (Dieu à double face, rien de  »compliqué » là-dedans), Miss Vicky Hyde et Anne-Victoire Jekyll (tu sais l’ombre et la lumière qui cohabitent en chacun de nous). L’universitaire diplômée que tu es, doit connaître ? Des deux, si deux il y a, je préfère Anne-Victoire, superbe prénom, Anne la douce et Victoire l’énergique ! Puisses-tu un jour, quand les lumières factices se seront éteintes (on n’amuse et n’intéresse qu’un temps ; la branchitude, par définition, n’est pas éternelle), te poser dans le berceau vallonné qui t’as vue naître et te donner avec autant de fougue à faire un vin qui contribue à redonner au Beaujolais ses lettres de noblesse ?

 

Je sens que, derrière le rose, les canards et les paillettes, un espoir subsiste. Les petits marquis poudrés sont par essence infidèles et les sourires peuvent très vite laisser place au dédain. Que tu puisses donc, un beau jour, mettre tes énergies au service de ton Fleurie, que tu le promeuves vraiment et cesse de papillonner, qu’avec l’aide de tes proches tu le portes à l’excellence et je deviendrais ainsi un de ceux qui se régaleront à le boire. La vérité est plus dans la vigne et au chai qu’aux quatre coins de la planète des futilités infidèles.

 

C’est dans la réflexion, l’humilité et l’amour que le vigneron exalte sa terre et les vins qu’elle lui donne. Nombre de vignerons de ta génération, retrouvent ce chemin. Leurs vins sont redécouverts, leur région, grâce à eux, qui pourtant  »communiquent » peu, renaît lentement de ses errances passées et j’en connais qui font des vins qui ne sont plus de grande surface… Crois-moi, ils ne s’ennuient pas, ni dans les rangs de leurs vignes, ni dans la pénombre de leurs chais, et doucement, sans artifices, ni soirées, ni paillettes, ni buzz intempestif, leurs vins émergent et se démarquent des océans de wines fabriqués, standardisés, qui inondent les salons high tech que tu honores de ton sourire de circonstance.

Sache enfin que j’aime ma langue et la respecte, sa musique, son histoire, ses profondeurs légères, sa richesse et que je suis curieux, simplement, et bien peu érudit. Je ne suis pas prêt de l’abandonner pour l’Anglais, que je respecte pourtant tout autant… Je te souris, sans affectation aucune.

 

 

Miss Vicky : Encore une fois, c’est moi qui suis la fille superficielle, sainte ni touche, qui n’a pas envie d’échanges provoc, qui fuit les attaques et patati et patata. Je pense que la provocation est stimulante et jouissive dans certains cas, elle fait même avancer et les gens qui me fréquentent savent que c’est un de mes jouets préférés. Par contre quand c’est gratuit, quand ce ne sont que répétitions de la même idée, ça fatigue et ça devient inutile.

 

Tu me méprises, tu ne cherches pas à comprendre, tu t’amuses de m’attaquer avec le même coup d’épée répété, et tu te caches derrière les grandes phrases et les superlatifs. Tu me fatigues et en plus tu insistes. J’ai compris ton point de vue et ce n’est pas la peine de le rabâcher, je t’ai expliqué ce que je faisais, d’où je venais, comment je voyais mon monde et tu n’en as rien retiré. Tes conseils de grand-père, tes insultes et tes regards de haut sur mes façons d’être m’ont suffi. Ton dernier message sur tes souhaits à mon égard, un retour à la source comme si je ne la comprenais pas, ça m’attriste.

 

En continuant sur ce ton on ne va pas s’en sortir. En attendant, qui es-tu pour parler de moi de la sorte ? Un vigneron ? Un travailleur acharné ? Un mec un peu borné qui sort peu de son quartier ? Parle-moi de toi au lieu de te fatiguer avec mes roseurs qui te dépassent. Ton blog je le survole, j’ai du mal à lire quelqu’un qui s’écoute écrire, aussi jolis soient tes mots. Un blogueur qui ne saute pas de lignes et évite toute mise en forme pour ne rien faciliter au lecteur, je ne le comprends pas.

 

Arrêtons le carnage maintenant et passons à un autre niveau de conversation. Parce que oui j’habite à Paris, je travaille dur sur mes frivolités et je n’ai surtout pas de temps à perdre dans un dialogue de sourds. Merci.

 

 

Christian : Je venais pourtant de mettre de l’eau dans mon vin en vous disant que compte tenu de votre travail, je comprenais tout à fait que vous soyez soucieuse de votre image. J’ai donc cherché à vous comprendre. Que j’écrive comme j’écris c’est mon droit, j’admets bien que vous fassiez du vin à votre façon. Cela n’empêche pas de discuter. Je n’aime pas les Bojos de novembre, vous n’aimez pas ma syntaxe, nous sommes donc à égalité. Vous énerver et devenir un peu grossière n’arrange rien. Et vous êtes trop intelligente pour que je vous prenne pour une  »sainte ni touche » ! Vous menez votre barque avec succès et je ne vous en fait pas le reproche. Vous êtes dans le vent, J’espère que vous le resterez et que vos animations seront longtemps prisées aux quatre coins du monde. Grandes phrases, superlatifs… J’écris comme je sais, voilà tout.

 

 

Miss Vicky : Oui il était certainement temps de pondérer. Je sais bien tout ce que vous venez de dire et vous provoquais juste à mon tour, par simplicité. Vos phrases me dérangent peu dans le fond et je comprends que vous êtes un sacré personnage, au fort tempérament, un peu borné. Il y a l’art et la manière, la douceur du tact, ce qu’on écrit et ce qu’on dit.

 

Pour moi je n’ai pas peur, suis-je dans le vent je n’en sais rien, je suis fragile, ma communauté est minuscule et mon domaine aussi. Demain je peux mourir mais comme les papillons, l’éphémère d’une histoire parfois est belle et amène à d’autres horizons. Que vous ne me faisiez pas de reproches ni de jugement de valeur, il faut le lire entre les lignes. En attendant vos mots ont été puissants, frôlant trop souvent la facilité et le jugement arrêté. J’ai trouvé ça dommage.

 

Maintenant parlez moi du vin qui vous fait rêver. Moi qui adore le Cognac, je serais ravie de venir vous visiter.

 

 

Christian : Je fréquente les vins depuis de longues années, c’est un compagnon de tous les jours, que je respecte et ne bois que raisonnablement. Le vin qui me fait rêver est celui qui me fait écrire. Il n’est jamais le même, quand il s’accorde, souligne ou attise l’humeur du moment. En ce sens, le vin me parle de mes insuffisances qui soulignent les siennes, de son humeur massacrante ou enjouée du moment, selon qu’il se donne ouvert ou fermé à clef. Parfois il m’enivre les sens plus que le corps, il vibre avec mes émotions du moment et traverse ma page, illumine mes mots et me jette aux étoiles. Le vin qui me fait rêver est celui qui me met le cœur en fête sans besoin de paillettes, dans le secret de mon bureau, ou, le plus souvent, en compagnie de francs, simples et bons partageurs qui parlent vrai, spontané, sincère, qui se tiennent loin des discours creux, vides de sens et de vie, loin du superficiel dominant en ces temps de bling-bling à tout va…

De là à m’écrire que je suis  »borné », comprenez que ça me fasse sourire. Que mes mots soient puissants parfois, je vous l’accorde mais c’est le jeu proposé… Que je vous secoue un peu, histoire de voir ce qu’il y a derrière le sourire, c’est le jeu aussi.

 

Miss Vicky : Au moins une chose sur laquelle on est d’accord c’est la description d’un vin qui fait rêver. Très jolie description… Aujourd’hui, j’ai hâte d’aller passer quelques jours dans les vignes que je n’ai pas vu rougir. Je m’arrêterais donc là dans la conversation. Passez un hiver agréable avec les odeurs de sarments grillés et tenez-moi au jus lors de votre prochain passage à Paris.

 

 

Retrouvez nos deux protagonistes sur leurs blogs respectifs : Miss Vicky Wine et Littineraires Viniques.

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 11/2010