Marcel Richaud fait du deltaplane

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Entretien deltaplanant avec Marcel Richaud. L’homme de Cairanne (Côtes du Rhône Villages) répond à une volée de questions… parfois en coup de vent, mais surtout avec la hauteur que lui confèrent – non pas son aile delta – mais sa crinière blanche, et plus de 35 piges d’expérience… Oh, Marcel, tu descends ?

Vindicateur – Vous faites du deltaplane. C’est pour veiller sur vos vignes de tout là-haut ?

 

Marcel Richaud : Je fais du deltaplane pour changer d’air.

 

 

Vindicateur – Terre d’Aygues, Terre de Galets, L’Ebrescade… Pourquoi ces noms de cuvées ?

 

Marcel Richaud : Les noms des cuvées sont les réelles identités de terres. L’Ebrescade est tout simplement tiré du nom du quartier cadastré  »Les Serres d’Amassat et d’Ebresquade » où sont les vignes.

 

 

Vindicateur – Vous vinifiez vos Cairanne en deux versions, avec et sans sulfites ajoutés, pourquoi ?

 

Marcel Richaud : Toute la récolte est entièrement vinifiée sans sulfite, sans acidification et avec nos levures indigènes, dans le but de respecter le milieu naturel du vignoble. Une infime partie de la production est mise en bouteille sans sulfite, elle est le témoin d’une qualité irréprochable des raisins. Le reste est légèrement stabilisé à 15 mg/litre de SO2 libre pour supporter les contraintes de la commercialisation et un équilibre durable du vin.

 

 

Vindicateur – Et Cairanne, l’appellation, les réglementations, des commentaires ?

 

Marcel Richaud : L’AOC on y tient, on peut juste regretter que la réforme de René Renou soit inachevée. On peut espérer qu’elle continuera d’évoluer, proche des vignerons.

 

 

Vindicateur – L’Association des Vins Naturels, à quoi ça sert ?

 

Marcel Richaud : L’AVN sert à présenter des vignerons artisans et les moins interventionnistes possible.

 

 

Vindicateur – Quels conseils donneriez-vous à un jeune vigneron ?

 

Marcel Richaud : Faites des vins originaux, qui révèlent une véritable identité, sans surextraction, et en évitant les procédés de vinification standardisants.

 

 

Vindicateur – Comment un vigneron peut-il bien vendre ses vins ?

 

Par des rencontres, en particulier avec quelques dénicheurs de vins, ceux qui parcourent les terres. Pour moi, François Morel de la revue  »Le Rouge et Le Blanc », Bernard Pontonnier ou encore Luc Desrousseaux (personnages qui ont redynamisé le concept bistrot à vins il y a 25 ans), Jacques Franchi, Bertrand Le Guern (fou de vin et de mathématiques), sans oublier Michel Bettane, homme de lettres et de vins. Ce sont mes premières grandes rencontres.

 

 

Vindicateur – Quels vignerons de Cairanne ou des environs recommanderiez-vous, parmi la jeune garde notamment ?

 

Chez les jeunes : Corinna Kruz à Lafare (La Martinelle) qui abandonne les désherbants. Bruno Boisson à Cairanne (Domaine Boisson). Alain Boisson à Cairanne (Domaine Cros de Romet), en bio non déclaré. Patrice Jubain à Cairanne (Domaine Jubain), le vigneron à suivre. Jean-Philippe Bouchet à Cairanne (Domaine le Clos des Mourres). Romain Roche à Cairanne (Domaine Roche), l’autre vigneron à suivre : son premier millésime, 2010, est superbe. Elodie Balme à Rasteau et Roaix (Domaine Elodie Balme). Clément Sini (Les Fumades), d’ailleurs ouvrier agricole chez Richaud depuis 12 ans.

 

Chez les moins jeunes : Laurent Brusset à Cairanne (Domaine Brusset), un fin technicien. André Berthet à Cairanne (Domaine Berthet Rayne), un bio dynamiste dans l’âme. Vincent Delubac à Cairanne (Domaine Delubac), vigneron haut en couleur de Provence !

 

Et encore tous  »Les Toqués Vignerons Paysans », un groupe de vignerons dont je fais partie : Domaine de l’Oratoire Saint-Martin, Domaine Chaume Arnaud, Domaine Rouge Garance, Domaine Jean David, Domaine des Amouriers, Domaine de la Ferme Saint-Martin, Domaine La Roche Buissière, Domaine La Réméjeanne, Les Vignerons d’Estézargues, Domaine La Monardière, Domaine Bois de Boursan.

 

 

Vindicateur – Quels sont vos projets à court ou long terme ?

 

Marcel Richaud : Mon projet est de vinifier sur les beaux terroirs de Cairanne et d’ailleurs.

 

 

Vindicateur – Vous envisagez d’arrêter un jour ? Le cas échéant, souhaiteriez-vous que l’un de vos enfants prenne la relève ?

Marcel Richaud : Envisager d’arrêter n’est pas ma préoccupation. J’ai pour exemple mon père, à qui je viens d’offrir un tracteur pour son 80ème anniversaire. Quant à mes enfants ; mon fils ainé viens de rejoindre l’exploitation depuis une année, il apprend pour l’instant l’essentiel, c’est-à-dire le travail à la vigne. Et c’est aussi le projet de ma fille Claire.

 

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 02/2011