Le boys band du vin

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Vindicateur a débauché  »Les 5 du Vin » pour une représentation unique. Boys band grisonnant, ces cinq  »plumitifs » du vin n’en pètent pas moins le feu. Les membres du groupe fameux s’appellent Jacques Berthomeau, Jim Budd, Hervé Lalau, Michel Smith et Marc Vanhellemont. Outre leurs occupations perso, ils bloguent ensemble dans cet espace commun : une union quasi-avant-gardiste… Ont-ils tout compris, bien avant la jeune garde des blogueurs ? Bienvenue dans le vin 5.0 !

Pour les connaître mieux, on les a soumis à un questionnaire long comme le bras, truffé de questions bizarres, bateau, ou ouvertes comme un grand écart facial… Les 5 du Vin avaient pour consigne de n’en retenir qu’une seule, d’y répondre franchement et brièvement (ils n’ont d’ailleurs pas toujours été très rigoureux sur ce dernier point). Voici leurs réponses.

 

 

Jacques Berthomeau est ce que l’on appelle un grand commis de l’Etat. Auteur du fameux rapport qui porte son nom, il est aussi blogueur à ses heures. Il a reçu en 2010 le  »Wine Blog Trophy » pour son blog. Il a choisi la question :

 

Le vin ou les femmes ?

 

JB : Le poseur de questions de cette maison étrange qui a glissé cette question dans son gros nuage de questions est un garçon roué. Il savait qu’en posant un tel appeau je ne pouvais que céder aux appâts des belles qui m’ensorcellent. Le choix est presque toujours une douleur sauf en ce cas. Que pèse la superbe robe d’un vin face à la volupté d’une simple robe dégrafée qui glisse sur le lisse des cuisses d’une femme désirée ? Rien ! Le vin peut toujours attendre le temps de sa découverte alors que l’urgence de l’exploration des sentes du pays du corps d’une femme aimée ne peut se différer. Et puis, pour accéder au vin il faut l’acheter ou se le faire offrir alors que pour une femme il faut d’abord la séduire, la faire rire, la faire rêver… Et puis, ce singulier face au pluriel n’a pas lieu d’être : un vin même s’il me donne du plaisir je le consomme, alors que pour les femmes je les aime…

 

 

Jim Budd, sujet de sa Gracieuse Majesté, est journaliste pour diverses revues britanniques. Amoureux des vins de Loire, il leur consacre un blog, Jim’s Loire, primé en 2009 du  »Wine Blog Trophy ». Il a choisi la question :

 

Le vin sur Internet, il goûte bien ?

 

JB : [à lire avec l’accent anglais – Ndlr] Absolument. Il garde bien et c’est plutôt l’avenir. Je pense c’est vrai particulièrement en le UK ou les quotidiennes, sauf pour le FT et le Telegraph, sont en train de couper presque tous leurs écrivains, sauf de citer deux ou trois vins par semaine. Sur l’internet il y a beaucoup plus de diversité – presque une liberté complète. Une liberté d’écrire (ou mettre des photos, des vidéos) sur tous les vins et tous les vignerons/vigneronnes si on veut. Pas de nécessité de citer que les vins qui sont dans les grandes surfaces.

 

En général le vin sur l’internet a une belle robe, des reflets blancs, rosés et rouges, une belle et large palette d’arômes, des fruits noirs et rouges, un côté floral aussi, bonne structure avec des variations bien sûr, et une belle finale dans l’écran. Enorme potentiel !

 

 

Hervé Lalau est un journaliste français écrivant pour diverses revues et sites français, belges, suisses et canadiens. Son blog, Chroniques Vineuses, lui a valu le  »Wine Blog Trophy » en 2010. Il a choisi la question :

 

Le vin, pour quoi faire ?

 

HL : Comme dans la vieille pub des PTT, le vin, ça relie les hommes. Et les femmes aussi, pardi. La preuve, c’est toujours plus chouette de déguster à deux, sans parler de boire. Alors à 5, vous pensez !

 

Ca relie les hommes d’ici, en France, en Europe, mais aussi les hommes de partout. Je repars en Afrique du Sud dans quelques jours, je rentre de Toscane, et puis avant, de l’Alentejo et de Sancerre. Et partout, sinon les même mots, au moins les mêmes gestes, les mêmes craintes, les mêmes attentes face à la nature, la même convivialité autour du vin.

 

Et puis souvent les mêmes évolutions : le bio se développe un peu partout, ou si ce n’est pas sous ce nom là, au moins le sens de la responsabilité face à la nature, face aux vignerons, aux clients, aux générations futures.

 

J’aime ce monde du vin-là. La découverte. Les surprises. Les paysages. Les vignes comme un peigne sur les collines. Les vignerons. La modestie et l’orgueil des vignerons. Mélangées, comme deux facettes de la création.  »Alors, qu’est-ce vous en pensez ? » qu’ils te demandent. Ils ont bossé un an sur ce truc, ils connaissent chaque morceau de pierre par leur prénom, et toi t’arrives là, tu descends de ton taxi et tu dois juger ça. Attention à pas te planter. Mais tu te lances, et comme tu es honnête, le gars ne te flingue pas, en général.

 

Dans le meilleur cas, on noue même des amitiés. Je pense à Marc Imbert, à Porto Vecchio, à Guy Petrus Lignac, à Saint Emilion, ou encore à Hervé Durand, au Québec et à Elie Maamari, au Liban. Benoit Roumet, à Sancerre. J’en profite pour leur faire un coucou en passant. Et puis il y a mes copains et copains journaleux, RP, et blogueurs, avec lesquels on rit, on se tire des bourres, on communie sous toutes sortes d’espèces. Marc, Jim, Jacques, Michel, Luc, Philippe, Frank, David, Sébastien, Bernard, Alain, Evelyne, Filippo, Laurent, Marie, Jeanne, Anne, j’en oublie, bien sûr.

 

Voila, le vin, pour moi, c’est ma seconde famille. Le partage, une boisson culturelle qui transcende les cultures. Je regrette juste qu’en France, on ne soit pas plus ouvert sur le reste du monde viticole. En Piémont, combien de gens te parlent du Bourgogne. Combien de Bourguignons te parlent du Piémont… A Morges, dans le Canton très viticole de Vaud, le bar à vins sert du chasselas du coin, bien sûr, mais aussi des vins français, australiens, californiens, italiens… En Autriche, on organise des dégus comparatives de sauvignon de Loire et de Styrie. En Afrique du Sud, j’ai vu des passionnés qui donneraient leur dernière chemise pour faire des vins comme à Gigondas ou à Châteauneuf. Ils ont planté 10 cépages rhodaniens ! Quand la France en sera là, elle fera des vins encore meilleurs.

 

 

Michel Smith, PourLeVin, est un journaliste français établi en Roussillon, travaillant pour diverses revues et guides en France. Il s’intitule lui-même  »Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance ». Il a choisi la question :

 

Qu’est-ce qui sauvera le vin ?

 

MS : L’eau, pardi ! Et voilà que je me lance dans une dissertation plus que courte pour l’ami Antonin. Nul besoin de faire un long discours : l’eau est nécessaire à la vie et comme elle l’est au vin et puisque le vin est l’essence même de la vie… Lorsque l’on savoure un verre de vin (oui, on à le droit de le savourer plutôt que de le déguster), on oublie souvent que l’on boit aussi de l’eau. Une eau céleste, mais puisée de la surface de notre globe. Eau lumineuse renvoyée sur terre pour l’arroser, parfois un peu trop généreusement d’ailleurs, souvent pas assez. Le reste coule de source : l’eau filtrée par la terre et la roche va alimenter racines et radicelles de la plante. Elle va apporter la micro nourriture, les oligoéléments nécessaires à la croissance de la vigne et à la bonne santé du raisin. Quand je bois un verre de bon vin, je pense à tout cela en fermant les yeux. Le vin est étroitement lié à l’eau et il n’y a pas d’eau, ni de vie, sans vin… Et sans modération, bien entendu.

 

 

Marc Vanhellemont est un journaliste belge travaillant pour divers magazines en Belgique et en France. Incontournable, sauf par la face nord. Il a  »triché » et répondu à toutes les questions !

 

Le vin, pour quoi faire ?

MV : Pour le boire, sinon, aucun n’intérêt.

 

Qu’est-ce qui sauvera le vin ?

MV : Mes articles, cela semble évident !

 

Un bon vin, c’est quoi ?

MV : Celui que je bois et j’en bois beaucoup, ce qui tente à prouver qu’il y a tout de même pas mal de bons vins.

 

Le vin ou les femmes ?

MV : Le vin et les femmes, c’est mieux !

Il a quelle gueule le monde du vin en 2011 ?

MV : Jean qui rit, Jean qui pleure, ça dépend de quel côté du verre on est.

 

Le vin en 2050, ce sera quoi ?

MV : Du lyophilisé, vieillira pas mais s’oxydera pas non plus et ça coutera moins cher en transport.

Si vous étiez un vin…

MV : J’aurais de la bouteille.

 

Le vin est-il politique ?

MV : Trop.

 

Vous n’en avez pas assez de goûter des vins ?

MV : Si, en plus, je déteste ça ! Le vin, j’entends…

 

Avez-vous déjà fait l’amour avec un vin ?

MV : Le vin peut être orgasmique, entre la branlette et la masturbation intellectuelle.

 

Les amateurs de vin sont-ils des surhommes ?

MV : En doutez-vous, y qu’a regarder les 5 du vin !

 

La femme est-elle l’avenir du vin ?

MV : Déjà qu’elle est l’avenir de l’homme, si en plus elle doit être celle du vin, la pauvre, je la plains.

 

Le vin sur Internet, il goûte bien ?

MV : Ça dépend de la connexion.

 

Tes questions m’ennuient, bonhomme. Je vais plutôt répondre à celle-ci…

MV : Elles ne m’ennuient pas, mais je vais toutefois ajouter celle-ci. Ils ressemblent à quoi mes condisciples ? À un couché de soleil sur le Grand Cañon, version technicolor, comme dans les vieux westerns, mais en regardant le paysage avec l’astre dans le dos pour mieux voir les nuances et les décalages qu’engendre cette lumière rasante aux choses de la vie.

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

Présentations des auteurs chipées sur : Les 5 du Vin

Photo d’illustration : Big Bang

©Vindicateur, 02/2011