Un épisode des Barbapapa, ces polymorphes rose ou noir, s’intitule ”Les Vendanges” et montre le vin, dégustation comprise, sous un jour favorable. Hmm, délicieux ! dit Barbitruc goûtant son vin*. Et nous sommes bien dans un dessin animé, pour les tout petits, sur une chaine de TV nationale (M6 en l’occurrence). C’est illégal, selon les termes de la loi Evin. A moins qu’il y ait prescription, l’objet en question datant de 1974… Les Barbapapa fuckent-ils le système ?

Loi Evin, et vingt-et-un, et vingt-deux

 

La loi originale, dite Evin, date de 1991 ; elle a subi des modifications et précisions depuis, à plusieurs reprises. Encore récemment, en 2009, concernant son application sur Internet. On lira d’ailleurs ”Vente et publicité pour les vins et alcools : de la loi Evin à la loi Bachelot” ; un texte qui fait un état des lieux plutôt net de cette législation.

 

A noter que la relative liberté accordée aux annonceurs sur Internet est, pour ce qui concerne les messages diffusés, sujette au même encadrement que dans la presse papier notamment : on peut communiquer, détailler ”objectivement” (origine, composition, distinctions, etc.) mais pas ”inciter”.

 

Faire de la publicité sans inciter, un délire d’équilibriste… Il est évident que de nombreux messages émis sur Internet sortent donc du cadre légal, ou entrent à tout le moins dans un flou risqué, en particulier lorsque sont mis en avant des prix cassés, une pratique courante sur Internet : Grand Cru à 4,99€ ! Publicité ”objective” ou ”incitative” ?

 

Une chose est sûre : à la télévision française, pas de ”propagande” autorisée. Et encore moins dans un programme destiné à la jeunesse. Les Barbapapa sont donc deux fois hors-la-loi, avec leurs vendanges joyeuses et leurs canons de rouge délicieux… Le South Park des seventies ?

 

 

Le recul, ça a du bon

 

Regarde, papa, c’est comme ça qu’on parlait du vin à la télévision avant… On approche son œil du trou de la serrure. L’interdit, l’illégal, par la petite lucarne bleutée. L’immoral, presque. Et alors, que voit-on ? Rien de bien méchant, évidemment. Rien qui soit susceptible de métamorphoser, Barbapapa oblige, toute une génération de bambins en alcooliques déglingués.

 

L’étape suivante, c’est penser que la quasi-invisibilité du vin à la télévision française est un choix malheureux. Un non-choix, en réalité. Et que plutôt qu’interdire, il faudrait bien sûr inciter à une consommation plus responsable. Créer un concept, la modéraction ?

 

 

Du vin pour la jeunesse ?

 

Concrètement, si on initiait les jeunes dès 15 ou 16 ans au vin, par principe, par des cours, sans être trop poussiéreux ou convenu ; si on leur rendait le vin intéressant, non parce que c’est de l’alcool, mais parce que c’est aussi tout autre chose ; est-ce que cela n’impacterait pas le regard qu’ils portent sur l’alcool, et l’usage qu’ils en ont, en général ?

 

A 16 ans, 17 ans, 18 ans, on boit en effet pour s’enivrer. C’est même souvent le seul rapport qu’on a à l’alcool. Et comment changer cela ? Par des messages sanitaires ? C’est précisément le type de messages dont les jeunes se foutent éperdument, immortels qu’ils se sentent… Par des interdits ? C’est exactement ce que les jeunes gens recherchent, pour passer outre…

 

Non, pour lutter contre l’alcoolisme, il faut lutter pour le vin. Cette boisson culturelle, multiple, aussi polymorphe qu’un Barbapapa : paysanne, poétique ou punk, chaque sensibilité peut s’y retrouver. D’ailleurs, la connaissance vaudra toujours mille interdictions… quitte à faire ses premiers pas avec Barbapapa.

 

* : Il faut préciser que le terme vin n’est semble-t-il pas employé dans l’épisode, mais visuellement tout y est, aucun doute possible.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 05/2011