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Il n’y a pas deux chips identiques au monde ! Les blogs c’est pareil. Prétendre mesurer la  »popularité » ou  »l’influence » des blogs est d’abord un effet d’annonce. Les bonnes gens d’Ebuzzing (ex-Wikio) ont pourtant établi un  »classement mensuel des blogs ». Evidemment, ce classement induit un esprit de compétition souvent déplacé. D’autant plus déplacé que la compétition est faussée : par une méthodologie bancale, par des marqueurs inadéquats ou mal pondérés… C’est la chips qui se mord la queue ! Explications.

Gros trafic, grosse chips ?

 

Le trafic d’un site est difficilement quantifiable de l’extérieur. Et si vous demandez à l’auteur d’un site/blog son trafic, souvent il ne vous répondra pas, ou à côté, ou en pourcentage par rapport à l’an passé, ou exagèrera son audience… Enfin, vous ne serez certain de rien, et aussi peu avancé après sa réponse qu’avant.

 

Pourtant ce trafic est potentiellement le marqueur n°1 en termes  »d’influence » pour un blog. Mais il n’est pas pris en compte dans le classement des blogs d’Ebuzzing Labs (feu Wikio). Bien sûr, puisqu’ils ne peuvent pas le mesurer.

 

Cela dit, serait-il pris en compte qu’on ne serait pas forcément plus avancé sur la question de  »l’influence »… En effet, un blog publiant des billets pratico-pratiques (comment bien ouvrir une bouteille de vin ? comment installer l’OS 5.12 sur son iPhone 4S ? comment faire un nutshoot au champagne ?) et enregistrant, mettons, 1000 visiteurs uniques/jour, sera-t-il vraiment plus  »influent » qu’un blog n’attirant que 666 visiteurs uniques/jour, mais s’attaquant à des sujets plus forts ou sensibles ? Non, concernant  »l’influence » des blogs, le trafic considéré sous un angle purement arithmétique, ce n’est pas encore assez fin.

 

 

Méthodocouac

 

Ebuzzing Labs (RIP Wikio) détaille d’ailleurs brièvement sa méthodologie :  »La popularité [ah, le mot est lâché – NdlA] des blogs et des articles sont [sic] calculés grâce à notre algorithme prenant en compte les partages et les recommandations de contenu sur Twitter, Facebook, les blogs et les principales plateformes d’échange de contenu. Le classement mensuel des blogs (…) permet d’identifier dans les 5 principaux pays d’Europe les influenceurs [aïe, voilà l’influence maintenant – NdlA] de chaque thématique ».

 

Manifestement, le marqueur principal de ce  »classement mensuel des blogs », ce sont les  »liens entrants », notamment ceux en provenance d’autres blogs. Autrement dit, les liens pointant vers un blog donné depuis d’autres blogs/sites. C’est d’ailleurs simple à démontrer en observant de près l’évolution de ces classements, mois après mois. Par exemple, dans le Top Blogs Vin, chaque blog présidant un  »Vendredi du Vin » (espèce de joyeuse nouba organisée le dernier vendredi de chaque mois par 30 ou 60 blogs, autour d’un blog unique dirigeant la session) enregistre systématiquement un bond de géant dans le classement : pour la simple et bonne raison que, le jour dit, il est cité (lien à l’appui) par tous les blogs participant à l’événement.

 

Manifestement bis, les recommandations sur Twitter et Facebook arrivent loin derrière ces liens entrants, dans  »l’algorithme » d’Ebuzzing Labs. Ou, plus sûrement, ces recommandations sur Facebook et Twitter ne sont pas assez finement mesurées. Exemple : un blog qui publie un billet par jour et est recommandé 30 fois/billet totalise 900 recommandations/mois. Un autre blog publiant un billet par semaine, mais recommandé 200 fois/billet, totalise 800 recommandations/mois. Dans un comptage grossier, le premier blog est mathématiquement le plus  »populaire », avec 900 recommandations additionnées, contre 800 pour l’autre. Pourtant, il est évident que, dans cet exemple, le second blog est objectivement bien plus  »populaire » que le premier… Il est juste moins bavard ! Et il paraît assez probable que la prise en compte des  »recommandations » par le E-Labs ressemble à quelque chose comme ça : la prime au bavardage ? Peut-être.

 

Le grand hic dans cet  »algorithme », finalement, c’est qu’il est bête et mathématique. Alors qu’on l’a vu, le seul décompte chiffré des différentes recommandations ne permet pas d’établir une mesure de  »popularité » ou  »d’influence » satisfaisante. Et ce d’autant plus que les différents types de recommandations (liens, mentions Facebook/Twitter) sont pondérés de manière parfois peu rationnelle, et que le trafic reste la grande inconnue de l’équation.

 

 

Et qu’est-ce qu’on en a à faire, Poncherello ?

 

Excellente question, Vico. Pour y répondre, il faut revenir un instant sur cet esprit de compétition évoqué plus haut. La compétition, c’est une chose. Qu’on l’apprécie ou pas, elle existe, elle est là, c’est un fait. Mais maintenant prenez 8 coureurs de 100 mètres. Ils s’élancent, courent et franchissent la ligne d’arrivée les uns après les autres. Et là, vous avez un drôle de juge, le nez dans ses données, qui vous lance que le 7ème est en fait le 2ème, que le 3ème est en réalité le 8ème… Et ainsi de suite. Quelle espèce de compétition est-ce là ? Sinon une compétition faussée, qui flatte à tort les uns, sous-estime à travers les autres ?

 

Bien sûr, ce n’est qu’un  »classement », une carotte creuse, et on s’en tamponne franchement le liège (non, franchement, et d’une force…). Mais il est unique en son genre, et c’est bien là le problème, et l’objet de ce long billet. Aux yeux de certains, il peut en effet faire office de référence, objective, solide, sérieuse. Alors qu’il est manifestement grossier, bancal, insatisfaisant.

 

En somme, vivent les chips libres… Et boycottez Wikio ! (just kidding bien sûr, mais si, quitte à classer les blogs, le Ebuzzing Labs pouvait sérieusement affiner son algorithme, ce ne serait pas du luxe).

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Francis  »Ponch » Poncherello et Jon Baker, les héros permanentés de la série CHiPs.

©Vindicateur, 12/2011