Viticulture, première ligne de défense paysanne ?

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Le prix du vin pourrait avoir été l’une des causes de la Révolution française de 1789*. Aujourd’hui, les vignerons sont en première ligne de l’agriculture : les nouvelles législations sur les appellations d’origine, l’agriculture biologique ou encore les OGM, les concernent directement, et souvent plus violemment que les autres agriculteurs, car le vin n’est pas un produit comme un autre ; le vin c’est aussi une idée, qui est régulièrement mise en question, et chaque bouteille est l’application d’une théorie… Parfois à l’insu des viticulteurs eux-mêmes !

Le vin est une chose politique

 

Pourquoi faire du vin  »bio » ou même  »nature » (sans soufre ajouté), est-ce seulement parce que ce serait meilleur au goût, plus digeste ou à la mode ? Pourquoi faire du vin en  »conventionnel », en désherbant et protégeant chimiquement les vignes, en levurant artificiellement, en saupoudrant ses cuves de copeaux de chêne, en micro-bullant ? Seulement pour faire un vin au goût et aux volumes réguliers, convenables, rentables ?

 

Le choix de telles ou telles techniques est-il purement formel, pratique ? On veut parvenir à tel produit, alors on procède de telle manière, et c’est tout ? Sûrement pas. En déterminant ses pratiques viti-vinicoles, le vigneron répond à la question fondamentale du qui suis-je où vais-je. Il se positionne, il prend parti – qu’il le veuille ou non.

 

 

Militantisme automatique

 

Les choix culturaux et techniques effectués par un vigneron vont, en effet, l’entraîner sur le champ… du politique. Et ce même s’il le nie, s’en défend ou s’en moque éperdument – et c’est peut-être là le plus intéressant : à travers les vignobles, des camps politiques se dessinent sans forcément de partisans. Les vignerons sont autant de pions sur l’échiquier, qui se placent d’un côté ou de l’autre, ou d’un autre encore (car cet échiquier est compliqué), en prétendant souvent le faire pour de simples raisons pratiques, objectives (commerciales ou qualitatives, principalement).

 

Mais, en définitive, choisir de faire du vin en conventionnel, en raisonné, en bio, en bio-dynamie ou encore  »nature », cela revient à choisir un modèle de société. C’est donc, littéralement, politique… Les vignerons doivent-ils l’analyser et le revendiquer ? Chacun(e) fait à sa guise, mais il semble pertinent de chercher à faire coïncider ses idées et ses actes : par exemple, pratiquer une agriculture biologique tout en pensant n’avoir trouvé là qu’un bon filon commercial, revient à tomber dans un panneau assez amusant – cela consiste, au fond, à militer activement contre ses idées. La cohérence voudrait qu’on fasse du vin comme on pense.

 

Et, contrairement à l’idée assez répandue qui voudrait qu’on dénonce les profiteurs de tendances (ces domaines qui pratiqueraient des agricultures  »propres » à des fins purement commerciales) il faut peut-être plutôt envisager que ces derniers servent, en fait, la cause qu’ils pensent exploiter… Sauf, bien entendu, à ce que le cahier des charges bio soit purement et simplement vidé de son contenu par une législation trop approximative, mais c’est un autre débat.

 

 

 

*Le prix du vin, l’une des causes de la Révolution française ?

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 09/2010