Un grand vin nature ?

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Un vin  »nature » ? C’est la cerise sur le gâteau, mais il faut déjà avoir un gâteau. Un vin nature n’est pas meilleur, ni même bon, par principe ; il peut être excellent si la matière première, le raisin, le jus, l’est d’abord. Et cette matière saine, belle, n’a alors pas forcément besoin d’être recadrée, retouchée, vaccinée. La preuve par l’Alternapif : un Corbières nature qui casse trois pattes à un canard.

Bois ça, Stéphane Derenoncourt !

 

L’agressivité appelle l’agressivité : ici c’est en fait un clin d’œil appuyé à ce célèbre winemaker, Stéphane Derenoncourt, qui a récemment, au détour d’un entretien, cassé pas mal de sucre sur le dos des vins dits  »nature ».

 

On peut lui répondre que le monde du vin serait tellement ennuyeux si tous les vins se ressemblaient, quand bien même ce serait lui qui les ferait… Qu’on foute donc la paix aux vignerons qui cherchent, qui tentent des trucs. Surtout quand certains parviennent à mettre en œuvre leur idée, a priori farfelue, et que ça donne des machins à boire assez déments.

 

Ici, L’Alternapif 2009 par le domaine Les Sabots d’Hélène. En appellation Corbières. Syrah et Carignan à parts égales. Vin nature s’il en est : bio, levures indigènes, ni collé, ni filtré, sans soufre ajouté (le point de détail qui énerve bizarrement, excessivement, environ 77% des œnologues, winemakers et autres gens du vin).

 

 

N’importe quoi ?

 

Et alors, cet Alternapif, à l’étiquette rougie, un gamin dans une bouteille, dessin enfantin. N’importe quoi, dirait sûrement Madame Olif. Doit-on lui cracher dessus avant de le recracher, le vider vite dans l’évier avant qu’il nous pique le gosier ?

 

Putain, non. C’est un grand vin, surtout pas un pif, une piquette. Un grand, on vous dit, promis. Pour seulement une dizaine d’euros, chut, ne le répétez pas, les prix grimperaient. Voici vraiment l’exemple même du vin nature qui a tout compris, à qui la vie a souri. Le grand vin nature a d’ailleurs deux forces très nettes, dessinées, distinctes : la facilité et l’intensité.

 

 

Rareté renouvelable

 

La facilité se passe de commentaires : un vin facile se donne immédiatement, n’a pas besoin d’un décodeur, qu’on soit connaisseur – il balaye ces obstacles et se livre dès la première gorgée. Beaucoup de vins sont faciles, ne sont pas intéressants pour autant. Celui-ci est très intéressant. Parce qu’en plus d’être facile, il est intense, dans son expression, dans son fruit, dans son toucher de bouche, dans sa longueur. L’intensité n’est pas donnée au premier vin venu ; c’est même plutôt une qualité rare, recherchée. Ici, renouvelable !

 

Voilà donc un vin accessible et intense à la fois. Comme une belle jeune femme, intelligente et souriante, qui ne craindrait pas d’être abordée (ou un bel homme, chacun son camp). Pour le commentaire de dégustation pimpant, voir ici. Pour acheter ce vin (mais n’en achetez pas, qu’il en reste !), c’est toujours par ici. L’Alternapif, un futur classique ?

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 04/2011