Un foutage de gueule presque parfait

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M6 shoots again en déclinant son concept de dîner presque parfait : voici  »un vin presque parfait ». Pas une émission TV sur le vin (c’est, pratiquement, interdit) mais un concours où des domaines soumettent leur travail (72€ par vin) à un jury composé de pros et d’amateurs, qui vont noter la qualité (10 points), le rapport qualité/prix (5 points) et l’étiquette (5 points). Si la note finale atteint 12/20, le vin obtiendra le joli macaron :  »Un vin presque parfait ». Le 22 avril, M6 indiquait avoir déjà reçu 500 échantillons… Un foutage de gueule presque parfait ?

12 sur 20, c’est presque parfait

 

Demander aux viticulteurs de payer pour concourir est déjà, en soi, limite. Un critère de sélection unique, par le fric. 72 € par vin. Une pratique d’ailleurs assez banale, assez bancale.

 

Par-dessus le marché, la note finale obtenue par un vin tiendra compte – pour un quart de la note – de son étiquette… Des vins pour buveurs d’étiquettes, littéralement ?

 

Autre énormité, évidente comme un logo M6 rouge cancre : il suffira à un vin de grappiller la note de 12 sur 20, pour se voir décerner le titre et le macaron de  »vin presque parfait ».

 

Exemple : qualité juste moyenne (5/10), pas trop cher (3/5), belle étiquette (4/5). Alors, quoi, c’est pas trop mal ? Passable ? Non, malheureux, c’est presque parfait !

 

 

Le marketing a-t-il goût de vin ?

 

Clairement, il s’agit là pour les domaines assez peu regardants de s’assurer un joli macaron M6 – et la quasi-perfection annoncée – à relativement peu de frais.

 

Clairement, le concept consistant à faire appel à un jury composé de professionnels et d’amateurs n’a rien de novateur (on connaît notamment des petits bricoleurs qui font ça depuis 3 ans).

 

Clairement, les consommateurs feraient bien, le moment venu, de se détourner des vins ornés de ces macarons clinquants : des vins presque sans intérêt, pour la plupart.

 

Clairement, les consommateurs ne s’en détourneront pas, et ils achèteront sans hésiter, principalement dans les linéaires des grandes surfaces, ces vins prétendument presque parfaits.

 

Clairement, la seule issue à ce genre d’impasses est que le consommateur change de crèmerie, qu’il cesse notamment de passer par la case GD (grand distribution) pour le vin, parce que c’est typiquement le lieu où le marketing l’emporte sur toute autre forme de considération… Et le marketing a-t-il goût de vin ? Non. Alors allez plutôt vous approvisionner ici, , ou encore ici, ou là-bas. Et au diable cette perfection (à la con).

 

 

Pour plus de détails sur l’opération, lire : M6 lance  »Un vin presque parfait » .

 

Mise à jour du 10/06/2011 : le barème de notation a, en définitive, été modifié comme suit : robe (3), nez (6), bouche (8), harmonie (3), rapport qualité/prix (5), étiquette (5). Ce qui semble plus raisonnable. Concernant le titre de  »vin presque parfait » il aura finalement été décerné aux 3 meilleurs vins de chaque tablée de jurés (chaque table ayant autour de 10 vins). 30% des vins sont donc  »presque parfaits », par principe. Cela reste bancal, ou plutôt, très bankable…  La dégustation s’est tenue à Paris, au Palais Brongniart, où environ 400 personnes ont ainsi jugé plus de 1200 vins.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 04/2011