Un Corps-à-Corbières paresseux

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Compte-rendu de dégustation sincèrement poétique d’un remarquable vin rouge du Languedoc.

CASTELMAURE

Corbières – Eloge de la paresse – millésime 2008

 

Production : 26 000 cols

Prix au domaine : 7 €

Apogée : 2009-2014

Aération : 30 mn

Service : 16°C

 

Le vin se rêvasse. C’est un gremlin farceur qui nous balade avec ses énigmes : ses saveurs comme des haïkus qu’on doit déchiffrer, ses arômes subtils ou surprenants comme des poèmes surréalistes où les choses les plus incongrues s’entrechoquent : mûre et poudre à canon ? banane et champignon ? Mais cela va plus loin qu’un simple panier du marché : le vin en forme d’œuvre ; sa force d’évocation dépend de celui ou celle qui porte le verre à sa bouche.

 

Castelmaure c’est d’abord un lieu, plein sud, Languedoc. Un lieu comme une citadelle plane défendue par la Serre, cette « montagne magique, sorte de couronne de calcaire grignotée par la vigne, qui protège de tout son long le petit plateau de Castelmaure ». C’est eux, les vignerons de cette remarquable cave, qui en parlent le mieux, sans cesse inspirés par le soleil et le vent. Pour eux, à Castelmaure, il s’agit « de retrouver et de dire avec force l’immense part de culture que recèle l’agriculture de la vigne ». Les vignerons associés dans cette geste rouge ont à eux tous 760 parcelles, qu’ils suivent et soignent une par une, littéralement. Leur objectif alchimique est de « faire vivre cette terre précieuse au fond de chaque verre, de chaque bouteille griffée Castelmaure ». Ainsi, l’histoire de cet éloge de la paresse.

 

Un vin à lire avant la sieste

 

Le vin est ouvert depuis une demi-heure et on tombe dans les prunes. Elles sont rouges, presque noires, et bien mûres. On a le nez qui vacille sous cette chaleur fruitée, aussitôt dissipée par le vent, sa fraicheur. C’est un « vin à lire avant la sieste » dit quelqu’un. On est étendu dans un hamac dans un verger, au vent qui berce, tout en force contenue. C’est que ça souffle par ici, à Castelmaure. Le parfum de fruit frais et de pierre chaude va et vient, toujours à cette allure de hamac. On s’évanouirait presque, joyeusement. La longueur est là ; c’est la longueur que dure un petit somme, réparateur, bienfaisant après une journée de travail à l’air libre, au vent toujours, comme la main ouverte sur l’étiquette l’indique. Une main aux aspérités de pierre, au charnu de fruit, avec encore quelques éclaboussures de terre acide ; une main qui a bien mérité la paresse, votre altesse… La bouteille est vide.

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 10/2009