Syrah, le cépage dépravé

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Cépage bordélique, joyeusement impur, trouble comme la fièvre. Du carignan en boa ? Du pinot noir en sueur ? La syrah a souvent quelque chose de sale,  »sale » comme l’amour physique… Et si ce cépage était plus à l’aise nu, au naturel ?

 »Belle pute »

On se souvient du mot d’Andrea Calek dans le livre d’Alice Feiring, lorsqu’il qualifie sa syrah grasse et dépravée de  »belle pute ». On retrouve ici, dans le vin d’Alain Allier, Plan-Plan 2010, ce même vice, quasi-hypnotique.

C’est un vin du Gard, sans aucune appellation, pas la moindre. Pas même vin de table, IGP perdue, pif de France, rien de rien. Une première – est-ce seulement légal ? On s’en moque bien.

Contacté, Alain Allier explique qu’il s’agit en effet d’un  »oubli » et que c’est bien un vin de table. Son vin aurait d’ailleurs pu obtenir une indication de type vin de pays, mais il n’a pas essayé :

 »J’ai décidé de ne pas présenter mes vins, parce que les gens ne sont pas habitués… Dans ma région, les vins sont standardisés. »

A noter qu’Alain Allier est membre de l’Association des vins naturels. Tellement hors-système qu’il en oublie même d’indiquer vin de table sur son étiquette ? Quant au nom de cuvée, c’est tout bête :  »La fermentation des syrah prend son temps par ici, c’est plan-plan. »

85% de syrah donc, complété de grenache. Et nature tel que ça doit être : bio d’abord, sans rien d’ajouté ni d’ôté ensuite. Et voici ce vin, un peu sale, au nez poudré de poivre, légèrement réduit d’abord. Notre  »belle pute » n’est pas impeccablement mise, normal. On l’embrasse alors sur la bouche, qui dégaine immédiatement son bâton de réglisse, mais déjà mâchouillé le bâton, juteux, et barbouillé d’olive noire. Sale, on vous dit.

 

Cépages naturels ?

Aérée, libérée, la putain devient folle, presque extravagante de parfums. Plan-Plan gone wild. C’est gourmand et croquant, comme une épaule et une fesse. Gravement sensuel. Un bon plan cul à 10 € ? Presque. Métaphores franchement limites à part, c’est en train de devenir délicieux, pas moins.

De drôles de pensées nous viennent alors, asexuées cette fois. Et si la syrah était un cépage à qui réussissait mieux la vinif’ naturelle ? Et s’il était possible d’établir soudain une nouvelle hiérarchie des cépages, certains réussissant mieux que d’autres à être vinifiés à nu, au  »naturel » ? Syrah théorie… Une piste sûrement très glissante, mais pas inintéressante. D’autant que cette impression de saleté positive, de trouble bienvenu, n’est pas que le fait de vins naturels : on l’a même perçue ailleurs…

 

Dégustation et compte-rendu établis dans le cadre des  »Vendredis du Vin », présidée pour cette 46ème session syrah-centrique par le Doc (et son double maléfique Aurélien Litron).

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 05/2012