Rendez-vous en Terre Inconnue

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 »Terre Inconnue », petit domaine morcelé de l’Hérault, dans le Languedoc, entre les mains de Lucien et Robert Creus, père et fils. Ces mains font des vins étranges, changeants, pleins de saveurs, parfois pleins de gaz, comme une terre volcanique qui éructe… Si la description est bizarre, les vins sont remarquables. On se penche ici sur  »Les Bruyères » et  »Guilhem », millésime 2008. Deux cuvées, deux belles inconnues ?

 »Les Bruyères » 2008

 

100% Carignan. Elevage (cuve) 1 an. La parcelle dont sont issus les raisins, Lucien et Robert Creus la surnomment  »la merdique ». Un petit nom affectueux, sûrement. Le vin n’a rien de merdique. En revanche, il a parfois du  »gaz », c’est-à-dire qu’il est perlant, piquant, acidulé. Ce n’est pas grand-chose, un trop-plein de CO2, passager : soit on carafe et on attend, soit on secoue la bouteille ouverte énergiquement, avec le pouce sur le goulot. D’une manière ou d’une autre, le gaz s’échappera.

 

Le nez donne d’abord un fruit goudronné, puis vire vers la réglisse animale, avant de retourner au fruit. Chaotique. La bouche livre ensuite son fruit intense, avec des éclairs de figues séchées ; elle s’élève bientôt, portée par une acidité nette, aérienne, pour se conclure par une jolie virgule amère qui n’en finit pas de ponctuer.

 

Un vin à rebondissements, changeant, antihéros – un vin grunge ? En tout cas c’est bon, et de mieux en mieux, comme souvent les vins de Terre Inconnue, qui peuvent tenir plusieurs jours sans problème.

 

 

 »Guilhem » 2008

 

Ce vin-ci, qui porte le prénom du fils de Robert Creus, est issu de quatre cépages (Syrah  »Serine », Grenache, Carignan à parts égales, et un peu de Tempranillo). Elevage (barriques âgées) 2 ans.

 

Menthol, confiture de lait, agrumes, pincée de gingembre : ça, c’est juste le nez. En bouche, c’est bien mûr mais frais, figue et anis ; relevé, riche mais pas écœurant une seconde. Un monstre de saveurs. Tout éclate à la fin en gentils confettis, sur l’amande et le cacao, longuement… On a soudain envie de le servir avec un merveilleux bœuf bourguignon, qu’on ferait mijoter deux jours (!) tandis que le vin s’aérerait… Guilhem fera d’ailleurs l’unanimité à n’importe quelle table.

 

A noter que les deux vins ne voient du sulfite qu’à la vendange, 5g/hl maximum. On pourra se les procurer chez Midi-Vin.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 10/2010