Pourquoi il faut donner des fessées (au vin)

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En France, le vin se mate le nombril depuis des lustres. Etrangement replié sur soi, notamment du fait de la loi Evin, il se la joue victime ou résistant. Beaucoup de commentateurs l’envisagent comme une filière globalement unie, faisant bloc, face à l’incompréhension du monde extérieur (qui met le vin dans le même sac que la vodka, cet alcool de patate, allô quoi). Ainsi, toute forme de critique journalistique a pratiquement disparu de ce petit monde. Parce que la plupart des acteurs du vin, dont les médias spécialisés, estiment devoir défendre ce patrimoine, prétendument en péril, quitte à fermer les yeux sur ses travers. Du coup, les médias du vin – y compris, souvent, les blogs – rivalisent d’éloges et minimisent les critiques. Mais c’est un danger pour le vin, ça l’enfonce, ça le dessert. Ça le crève à petits feux.

Sans critiques, point d’éloges valab’

Si les médias du vin, tous supports confondus, s’enferment et s’obstinent dans une promotion perpétuelle du vin, en se contentant de critiques ponctuelles ou mineures – inconséquentes – ils en font un simple produit marketing ; et eux, des supports publicitaires. On est à peu près au niveau de la vache qui rit.

Les médias se doivent d’être critiques, réellement critiques, pour créer le contraste entre les bonnes pratiques et les abus, à tous les niveaux. Ils doivent chercher la petite bête. Ne pas célébrer éternellement les mêmes hiérarchies, sous prétexte qu’elles existent depuis 100 ou 300 ans. Mettre en doute le système, par principe. Le journaliste, le blogueur, les médias, doivent ainsi régulièrement mettre en question le vin – pour le dynamiser, l’obliger à bouger, à s’améliorer sûrement.

Le journaliste, le blogueur, les médias ne doivent surtout pas flatter les puissants. Les puissants ont les moyens de s’offrir des flatteries : des pages de pub, des événements, de la com’ à tous les étages. Il ne faut pas en rajouter. Au contraire, il faut cultiver une certaine agressivité de traitement (la fessée, CQFD) à l’égard de l’ordre établi, quel qu’il soit.

 

Le sale piège de la victimisation

La victimisation, c’est l’idée fortement ancrée parmi les acteurs de la filière que le vin serait en péril, que le Législateur et l’Hygiéniste fomenteraient plan sur plan pour l’enfoncer chaque jour davantage. Attention, les Français ne boivent plus que 50 litres de vin par an et par personne…

Plus sérieusement, se la jouer victime, c’est la pire des stratégies ; elle cause notamment cet excès de promotion dégoulinante dans les médias du vin.

Avec, toujours, l’ombre de la loi Evin en arrière-plan, qui obligerait les médias autorisés (papier et Internet en tête) à en faire des tonnes, au lieu de traiter le vin avec recul et esprit critique – qui sont des moteurs, bien plus que la distribution généralisée de bons points : toute cette guimauve, devenue insipide ou écoeurante à force d’être servie à tous les repas.

Mettre le vin au monde ?

Le vin en France est globalement une machine très puissante – le 2ème poste d’exportation après l’aéronautique – qui recouvre des réalités extrêmement diverses, fragiles voire fatales par endroits, pour peu qu’on l’observe de près. Et les médias doivent être capables d’en rendre compte, de critiquer la machine comme d’éclairer le boulon, de mettre en question autant que de mettre en avant. C’est l’équation à résoudre.

Et c’est surtout la meilleure manière de rendre le vin intéressant au-delà de sa niche d’amateurs et d’initiés. Sortir enfin de ce ronronnement séculaire, qui donne au vin l’image d’un matou gras et figé, dont tout le monde se fout.

Il faut, enfin, mettre le vin au monde et ne plus chercher, sous prétexte qu’il serait menacé, à le préserver à tout prix – c’est-à-dire, souvent, au prix de l’objectivité.

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : refat / 123RF Banque d’images

©Vindicateur, 03/2013