Pour 10 € t’as plus rien

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En vin, à moins de 10 €, on ne trouve plus rien. Rien de bien, rien de précis. Foutaises ! Dans ces eaux-là, il y a encore une foule de petites choses délicates et bien dentelées. Des pulpeuses ou des tendues. Et pas que du muscadet. Et pas qu’au supermarché. Démo.

Château Cambon, Beaujolais

Satellite de la famille Lapierre, le Beaujolais rouge du Château Cambon sort aux alentours de 8€. Et c’est pur comme tout, droit et fumé, avec une netteté d’arômes à faire pâlir bien des crus du coin (ou de plus loin). Facile, aussi. Digeste, on dit. Un vin d’abord fait pour être bu, sans faire l’impasse sur le bon, la finesse. Franchement très bien en 2010.

 

Domaine Péchigo, Péchigue, Vin de Table Français

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? On est du côté de Limoux. Goûté sur un millésime déjà évolué, voire culminant (2004), mais grosse bluffade sur ce vin conçu en biodynamie ; qui sort d’ailleurs à un prix ridicule (7€ caviste en l’occurrence). Est-ce que le vigneron Sylvain Saux vit encore, avec des tarifs pareils ? Il n’est pas crevé de faim ? S’il lui reste encore un peu de souffle, allez lui filer 2-3 patates et boire ses vins.

 

Mas Del Périé, Les Escures, Cahors

Du Cahors aérien, presque mentholé en 2009, sur un fond solide, une matière bien réelle, tout en équilibre. Des manières de rugbyman amoureux ? Un vin à 9€, qu’on peut aussi trouver (à prix de restauration) chez L’Hédoniste et peut-être au bar de l’Hôtel du Ministère.

 

Domaine les Grimaudes, Les Perrières, Costières de Nîmes

C’est un coup des Kreydenweiss, mieux connu pour leurs vins d’Alsace. Mais ce Costières, à 9€, il emballe franchement la bouche, millésime après millésime. Un vin de forte soif, avec une vraie matière parfumée, une complexité suffisante. Un french kiss aussi complet, à ce prix-là c’est pas commun.

 

Loïc Roure, Tout bu or not tout bu, Vin de Table de France

Encore un de ces vins au nom rigolo, comme un cache-sexe pour masquer une déviance vénérienne ? Non, ce vin de négoce de Loïc Roure (Domaine du Possible) est une petite bombe du Roussillon. A l’aveugle, on serait curieux de glisser cet assemblage de syrah et de carignan, vendu 10€, aux côtés de vins 3 ou 5 fois plus chers. C’est terriblement bon dans la bouche, épicé, assez complexe, et relevé d’une fraicheur aiguisée à toutes sortes d’herbes. N’en jetez plus, buvez tout.

 

Sébastien David, L’Hurluberlu, Saint-Nicolas-de-Bourgueil

Des reines-claudes rouges, ça n’existe pas ? Sauf dans ce vin, en fine purée. Mais on s’arrête surtout sur sa pureté, sa netteté de fruit. La bouche éclate et nous balance une grande claque fraiche sur le millésime 2010, pour un vin qui va chercher dans les 9€. Et il paraît que Sébastien David rame pour obtenir l’AOC, c’est amusant…

Halte-là. On pourrait poursuivre longuement. Les très bons vins, il y en a presque à tous les prix. Qu’on se le dise, et que ça n’empêche pas de viser (un peu) plus haut parfois. D’ailleurs, à 10.000 € on peut aussi s’offrir une barrique de vin blanc signée Brad Pitt.

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Suggestion d’étiquette n° 217

©Vindicateur, 03/2012