Plongée brutale dans l’ultra-blogosphère

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Les blogueurs, dans le vin, certains à tout le moins, c’est comme l’ultra-gauche (sic). On les diabolise un brin, on leur prête des intentions qu’ils n’ont pas. On caricature leurs idées en idéologies, on méprise leurs goûts bizarres, déviants. C’est bien pratique, pour éviter tout débat de fond, non ? Le plus étonnant, c’est que ces ultra-blogueurs, ces activistes problématiques, sont très minoritaires, y compris parmi les blogueurs : mais pourquoi alors drainent-ils tant d’attention ? La vérité sur l’ultra-blogosphère, attention, c’est ici.

Ultra-blogueurs, comptez-vous !

Olif. Du morgon dans les veines. Les pires, incurables. Ils aiment que ça frisotte, que ça glougloute. Ce que d’autres nomment  »déviances », non seulement ça ne leur fait pas peur, mais ils considèrent carrément ça comme un paramètre du plaisir. Comme des vérités sensibles qu’on s’assènerait à chaque gorgée, des beautés démaquillées. De fines imperfections essentielles…. Leur slogan ? Trop lisse partout, justice nulle part !

David, le Bicéphale Buveur, et Eva, l’Oenos : ce sont les gentils de l’ultra-blogos’. Ils balancent des cocktails – mais pas molotov. Un ours et un bisounours… Et si c’était juste une couverture, impeccable pour mieux faire passer la pilule ?

Antoine Grüner, il deale du vin comme on se refilerait des calibres sous le manteau. Patrick Böttcher, il fait des marathons du glou, il expérimente la société d’après. Le Doc Adn, lui, se grime (en blondinet) pour infiltrer les salons tradi… Tous, ils en sont, cellules plus ou moins dormantes de l’ultra-blogosphère.

Sandrine de la PinardotheK ? Ah non, pas elle. Elle, elle est juste ultra-drôle. Mais pas dit qu’elle ne se fasse pas un jour embrigader à grands coups de canons…

 

Jack l’éventreur was a blogger

Qui encore, qui sont ces ultra-blogueurs qui ont pour objectif-commun-secret de salir le vin passé, présent et à venir, en faisant l’éloge des vins tarés, pour citer Michel Bettane, le paladin du bon vin ?

Une poignée d’autres encore, quelques vignerons aussi. En tout, une extrême-minorité. Comme il y a une extrême-minorité d’amateurs qui partagent leurs goûts pour ces vins moins lisses.

Et pourtant, régulièrement, ils font parler d’eux, tout comme les vins qu’ils aiment (soit 1/1000e de la production viticole, à tout péter). Mais comment un si petit machin peut avoir un tel potentiel de nuisance, face au kolossal fleuve des vins tranquilles ?

Parce que ça ne cause plus de vin là, plus seulement. Non, ça cause de système en place, et de critiquer ce système, de s’en affranchir. Et là, ça agace, ça fout même un peu la pétoche.

Pensez donc : et s’ils y arrivaient, à ébranler le système ? Ce gentil système qui va de la vigne au supermarché. Ce gentil système qui figure, en réalité, toute l’agriculture – les tripes de notre société… Et s’ils l’éventraient, ce système, à partir du vin ?

Que se passerait-il, en effet, si ces ultra-blogueurs le mettaient en cause suffisamment fort pour que ça s’entende en-dehors des petits milieux du vin ? Le bordel, le chaos déboulerait peut-être… D’où que l’autre camp – puisqu’il faut choisir – s’ingénie à les dénigrer, les caricaturer, les charlotiser. C’est de bonne guerre.

Voilà, oui, ce qui se joue dans le vin, aujourd’hui. Et ça a d’la gueule. Même si on y croit qu’à moitié.

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 12/2012