Petit pogo dans l’ère du vin sincère

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Un bon vin ne l’est pas pour tout le monde, ni tout le temps. Pire, selon une récente étude américaine, les conseils d’un expert ne vaudraient surtout que pour… un autre expert. Le consommateur lambda, lui, ne s’y retrouverait pas ou peu. Re-pire, il y aurait même une histoire de gênes dans l’affaire, un inné de la dégustation ? Le bon n’étant plus garantissable, trop partial, injustice principielle, que nous reste-t-il, en définitive, pour savoir quels vins boire ? Précisément, peut-être, ce qui ne se boit pas.

Le secret du meilleur vin

Un bon vin peut devenir le meilleur du monde pourvu qu’il soit sincère. Drôle de mot pour parler de vin ? Non, les seuls sens ne suffisent pas, on le vérifie régulièrement. Présupposée, l’égalité physiologique n’existerait peut-être pas. Les goûts eux-mêmes sont trop divers pour être circonscrits, rationnalisés, hiérarchisés. Et la pertinence de la prescription, des recommandations d’experts, est également mise en question.

La différence entre deux bouteilles, qu’on aimera également ou même différemment, tient d’ailleurs tout entière dans la démarche des vignerons qui se trouvent derrière. Et de leur degré de sincérité. C’est là la réalité des meilleurs vins : ils sont conçus selon des convictions sincères, qui débordent les seuls aspects techniques, économiques et marketing… Les convictions d’un vigneron donnent du sens au goût de son vin.

C’est tout à fait comme au cinéma : on s’identifie et on apprécie d’autant mieux un acteur, une actrice (et son jeu) que l’on estime ce qu’il ou elle est en-dehors de l’écran, hors de ses personnages. Jean Dujardin n’est pas un grand acteur ? Il n’a même qu’un seul sourire dans tout son registre ? Certes, peut-être, mais il est sympathique hors champ, et ça compte. Un vin sympa obtiendrait-il l’Oscar ? Peut-être. Parce qu’on aime le vin, pour lui, pour son goût. Mais aussi pour ce qu’il raconte, autour de la bouteille, en amont, en remontant jusqu’au vigneron.

 

Du marketing sincère

Le vin est une œuvre. Pas de l’art, rarement en tout cas ; mais une œuvre, dans le sens d’ouvrage. Et celui ou celle qui façonne cet ouvrage, lui donne au moins autant de sens que ce que l’ouvrage seul exprime in fine. Considérer le vin comme un simple produit (par exemple, comme du papier-toilette) relève donc d’une sévère myopie. A chaque étape, au contraire, la sincérité prime. Et elle primera de plus en plus.

Mais la comédie de la sincérité ne faisant pas illusion, elle, les faiseurs et les marchands de vin doivent soudain emprunter une nouvelle voie : celle de l’engagement véritable, du militantisme. Militez pour vos vins, quels qu’ils soient, ou apprêtez-vous à perdre de précieuses parts de marché… C’est l’ère du vin sincère, nous sommes en plein dedans.

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Les  »S.O.S Fantômes » n’ont peut-être pas eu d’Oscar, mais ils s’enquillaient du Château Haut-Brion pendant le tournage !

©Vindicateur, 05/2012