On a (encore) noté les guides des vins

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On a noté les guides des vins, ceux qui notent à la française, sur vingt ; les plus connus également, qui viennent de paraître : le guide de la Revue du Vin de France et le guide de Bettane & Desseauve. (Et pas le Gault & Millau ? Non, pour lui, en version papier c’est fini.) Nous les avons notés, suivant et épluchant leurs éditions depuis plusieurs années, sans concessions… Tremblez à votre tour, guides !

Méthodologie et légitimité

 

On ne note que les  »grands » guides, les fameux, les connus ; et surtout ceux qui notent sur 20, la note frenchy, scolaire par excellence. Nos critères ? La qualité et la variété de la sélection, le rapport entre les notes attribuées (et non pas les notes elles-mêmes, qui ne signifient pas grand-chose prises isolément).

 

On s’intéresse également davantage à leur sélection de  »petits » domaines, méconnus, qu’aux  »grands » classiques, qu’on retrouve indifféremment dans tous les guides des vins conventionnels, accompagnées de notes à peu près identiques.

 

Le prix de ces guides est-il un facteur discriminant ? Non, ils coûtent tous 25€, à quelques poussières près. Le nombre de vins sélectionnés est-il important ? Surtout pas. La valeur n’attend pas le nombre des entrées… C’est le coauteur d’un guide de plus de 15 000 vins qui vous l’assure. D’ailleurs, le petit bouquin de Pierre Jancou, Vin Vivant, qui ne présente vraiment que 12 (!) vignerons, n’est pas mal du tout.

 

En quoi serions-nous légitimes pour évaluer ces guides ? Notamment parce que nous les suivons, les épluchons, et les comparons méticuleusement depuis 5 éditions (guides 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012). Un travail de fourmi cinglée, qui paye.

 

 

Le guide de la Revue du Vin de France 2012

 

A tout seigneur tout honneur, le guide  »vert » reste une institution en la matière. Et alors, quoi de neuf ? 7532 vins notés parmi 1300 domaines sélectionnés. Des milliers de vins, comme d’hab, ok. Une couverture souple, c’est bien. Et, cette année, un petit effort dans le renouveau de la sélection, avec quelques entrées ou confirmations remarquables (Henri Milan, Cyril Fhal, Francis Boulard, Alexandre Bain, Domaine Matassa, Domaine Gramenon, Château Lassolle…).

 

D’ailleurs, le commentaire sur la cuvée  »Sans Soufre Ajouté » d’Henri Milan (vigneron incontournable de Provence, qui a pourtant été longtemps contourné) est intéressant à plusieurs titres : « Un régal de fruit et d’expression naturelle. (…) Sans aucune protection sulfitique (sic) cette cuvée fait le contre-pied à tous les vins technologiques de France ! » C’est un propos assez audacieux dans le cadre d’un guide classique, généraliste. Un effort certain d’ouverture au monde du vin dans son ensemble, dans sa diversité, tel qu’il est aujourd’hui. Note du guide : 14/20 (contre 12.5/20 pour l’édition précédente).

 

 

Le guide de Bettane & Desseauve 2012

 

Le guide conçu notamment par le duo Michel Bettane et Thierry Desseauve déploie, dans cette édition, 8450 vins (soit un peu plus que le guide  »vert ») pour environ 2400 domaines (soit beaucoup plus que le guide  »vert »). Ce rapport, ce différentiel est intéressant ; il y a une volonté d’exhaustivité dans ce guide-ci, à travers une sélection de domaines maximisée (quitte à ne pas dire un mot sur le domaine lui-même et à ne commenter qu’un seul de ses vins). Mais on l’a dit, la quantité n’est pas indispensable. En l’occurrence, c’est même plutôt une faiblesse.

 

Au-delà des éternels mêmes 1000 domaines reconnus, le socle de tout guide respectable, quid de la sélection hors des sentiers battus ? Eh bien, on découvre certes le domaine de l’ex-footballeur Jean Tigana (La Dona Tigana) et c’est plutôt amusant ; mais sur le fond, la sélection manque un peu d’audace, et plus encore d’ouverture d’esprit. Ce guide a en effet un fonds idéologique trop marqué ; ses convictions, un rien rigides peut-être, lui font sûrement perdre de vue certaines transformations du monde du vin. On le regrette… A noter cependant l’amélioration du moteur de recherche du site Web. Note du guide : 12.5/20 (contre 13/20 l’an passé).

 

 

Et le Gault & Millau ?

 

Terminé, pas de version papier du guide des vins Gault & Millau cette année… On peut le déplorer, pour ce qu’il était, de loin, le plus éclectique dans sa sélection, capable d’aller des Bordeaux ou Bourgogne les plus classiques, conventionnels, aux vins les plus  »vivants », selon la définition qu’en donne un Pierre Jancou.

 

Et est-ce que ce n’est pas vers cela, précisément cela, que devrait tendre tout  »grand » guide des vins : l’éclectisme pur et dur, l’ouverture d’esprit totale, sans réserve ?

 

En tout cas, basta, le guide des vins du Gault & Millau ! Peut-être que sa précédente édition, organisée à la façon du guide Hachette, tous les vins y étant classés par appellation et non plus par domaine, lui aura été fatale ? C’était assez imbuvable, effectivement… Mais Pierre Guigui et son équipe continueront de sévir sur Internet, sur les mobiles (une application est disponible) et en magazine.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 09/2011