Nous avons noté les guides des vins

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Critiquer les critiques qui critiquent, c’est notre truc. Activisme Vindicateur pour vous servir. Les guides des vins, on les désosse depuis X éditions : écart-type, cohérence, comparaison, confrontation… Ces guides sont-ils des bibles d’acier ou des idoles factices, puissantes car médiatiques ? En rang d’oignons, guides, tremblez à votre tour, car voici vos notes, sur 20 comme il se doit.

Forces en présence

 

Pour rappel, septembre c’était aussi la rentrée des guides des vins. Une rentrée plus matheuse que littéraire : les plus attendus sont en effet ceux qui notent les vins, des milliers de vins sur 20 (en France on est scolaire, pour la note sur 100 voir Parker). De 10 à 20/20, de l’imbuvable au nectar-plus-ultra, la note qui change tout, issue des palais finauds : déguster, évaluer, noter des forêts de bouteilles souvent débitées à la chaîne, et recommencer chaque année. A peine humain… A peine fiable ? Dans le genre, on recense trois mastodontes à 25€ pièce : le guide de La Revue du Vin de France (dit le  »guide vert »), le guide Bettane & Desseauve, le guide Gault & Millau.

 

 

Guide Gault & Millau 2011

 

Ce dernier est bizarre, les notes y sont comme possédées ! Ca descend bas, ça grimpe haut, sans qu’on sache toujours bien pourquoi. Ah si, il y a une raison explicite à certaines notes : si un domaine est sélectionné pour la première fois dans le guide, ses vins ont généralement des notes basses par principe. Pierre Guigui, le directeur du guide, explique ça sans chichi :  »Si je t’invite à dîner à la maison, tu ne couches pas avec ma fille le premier soir ! » Il faut dire que Pierre Guigui est un type plutôt sympathique, moins coincé qu’on pourrait le penser en articulant gault&millau. L’édition 2011 du guide s’est hachettisée en classant les vins par appellations et non plus par domaines… Un peu bordélique, dommage. Note : 13/20

 

 

Guide de la Revue du Vin de France 2011

 

Le guide vert, c’est autre chose, indémodable ou démodé, au choix. Les domaines y ont des étoiles, de zéro à trois. Et on ne plaisante pas avec les étoiles : dans l’édition 2010, le Château Cheval Blanc (ce Saint-Emilion réputé partout où il y a des tire-bouchons) a perdu sa troisième étoile. Brrr, tremblez… Avec ça, les notes du guide s’alignent assez sévèrement : c’est un guide sérieux, le guide vert, si t’as 15, chut, t’es content. Un petit côté maître d’école en blouse, classique jusque dans la typo, ça plaît. Les notes sont-elles justes ? Comme le guide s’emballe rarement et qu’il a tendance à viser un peu plus bas que la tête… Le résultat fait sérieux, mais l’audace est rare. Note : 12.5/20

 

 

Guide Bettane & Desseauve 2011

 

On termine par le guide Bettane & Desseauve. Michel Bettane étant le maître des lieux, plus ou moins évadé du guide  »vert » pour fonder sa propre église : le guide… gris. Et dedans, c’est comment ? Plein de pages, de notes. On perçoit une envie de se singulariser, en craquant parfois complètement pour certains domaines ; les belles notes fusent alors, plaçant sur orbite des domaines moins connus… Exagérément ? Sans aucun doute, mais c’est tout de même une audace à mettre au crédit du prof (Bettane vous conseillera en effet de  »retourner à l’école » si vous lui posez des questions à la légère) pourvu qu’elle soit sincère. Note : 13/20

 

 

S’il fallait choisir ?

 

Alors, quel guide choisir ? Dans la mesure où toutes les notes sont incertaines par principe, que tous les commentaires respirent le lieu commun, c’est le Gault & Millau qui s’en tire le mieux : car il est, des trois guides, celui qui montre le plus d’audace dans sa sélection de domaines. Oubliez les notes, survolez les commentaires, mais c’est un bon Who’s Who de vignerons… Et puis, pour le reste, pour l’essentiel, tout est sur Internet.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 10/2010