Les vignerons sont-ils fous ?

Monté comme un Cheval Blanc
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Quel vin pour la fin du monde ?
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Ils/elles se cassent le dos, sont à la merci des hoquets de la nature, triment toute l’année pour un résultat incertain, et retrouvent parfois l’appellation (ou l’absence d’appellation) qu’ils travaillent avec rigueur ou passion à 1,23€ dans les rayons des supermarchés… Quelle espèce de grand(e) malade faut-il être pour se lancer là-dedans ? A moins qu’ils aient trouvé la foi, accomplissent un véritable sacerdoce ? Plan large sur une vaste bande de malades, vol au-dessus d’un nid de cols verts.

Le boulot le plus ingrat du monde ?

 

Faire du vin, c’est un peu plus compliqué que faire des pommes, n’en déplaise aux arboriculteurs. Faire du bon vin, n’en parlons pas. Faire du bon vin et réussir à le vendre correctement, c’est encore un cran au-dessus. Se lancer là-dedans, relève donc quasiment de l’inconscience, de la passion, de la folie ?

 

Y a-t-il d’ailleurs des vignerons sortis d’HEC ? Probablement pas, ou par pur esprit de contradiction. Vivre du vin en tant que vigneron, ça ressemble sûrement plus à un terrain vague cabossé qu’à un plan de carrière bien lissé. Les risques sont trop élevés pour que quiconque de réfléchi s’y essaye. Un conseiller d’orientation a-t-il jamais orienté un seul jeune vers le métier de vigneron ? La drôle d’idée.

 

Il y a bien des métiers, à la périphérie de celui de vigneron, qui sont certes plus juteux. Caviste ? Non, en général ils galèrent à peu près autant que les vignerons. Pourtant le vin c’est un chiffre d’affaires de 5.5 milliards d’euros en 2009 en France, une  »mauvaise » année, mais ils vont bien quelque part ces milliards. Seulement ce n’est pas le vigneron  »moyen » qui en bénéficie… ni même le bon souvent ! Cela surprend quelqu’un ?

 

 

Ces derviches qui ne tournent pas rond

 

Droit, tout droit dans les rangs de vignes : ces gens-là doivent bien avoir un supplément d’âme, façon moine ? On ne fait pas de vin – on y croit. C’est trop difficile autrement, trop incertain. Sauf à investir dans une winery et une marque parfaitement marketée. Mais la majorité des faiseurs de vins, et notamment les bons ou ceux qui le deviendront, sont souvent d’abord des  »petits », des engagés – des croyants.

 

Ce qui n’empêche pas certains de vendre leur vin dans 15 ou 17 pays, d’être des multinationales à eux tout seul ou presque. On l’a dit, ce sont des malades, qui doivent jongler entre les grenaches et la paperasse, les cabernets et les commandes, le sémillon et les salons… Mais pour un domaine qui perce, combien qui piquent du nez et tombent bientôt, un, deux, trois millésimes, en flammes ?

 

On ne voit souvent, forcément, que le haut du panier, la partie émergée du wineberg ; mais, comme chez les agriculteurs en général, les chiffres des suicides sont élevés dans la viticulture. Et sans aller à cette extrémité, c’est un boulot souvent difficile et ingrat, où Internet aidant, les critiques peuvent venir de toutes parts – les amateurs ont parfois la dent dure !

 

Alors, quoi ? Où veut-on en venir ? A rien, un simple hommage spontané à des femmes et des hommes plutôt courageux dans leur genre… A moins qu’ils soient fous pour de bon ? On en connaît qui se sont mis à mettre directement leur terroir en bouteilles !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 11/2010

Crédit photo : Matt Wilson