Les imbéciles goûtent-ils moins bien ?

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Connaître le vin ne suffit pas. Le vin n’est pas une équation à quelques inconnues, qu’il suffirait de résoudre. Le vin c’est encore un esthétisme. Un beau que l’on reconnaîtrait à travers le barillet de nos sens. Et, pour reconnaître le beau, ne faut-il pas être beau soi-même ? Beau dedans, s’entend. Autrement dit, les cons sont-ils en mesure d’identifier un beau vin ? Oh là, ça sent le délit de faciès interne.

Délit de sale gueule ?

 

La question  »Les imbéciles goûtent-ils moins bien ? » est immédiatement doublée d’une paire d’autres questions, plutôt perfides :  »Comment identifier un imbécile ? » et  »Comment s’assurer qu’on est pas, soi-même, un imbécile ? » Il est à peu près impossible de répondre à cette dernière question, ni même à la précédente, de manière objective. Mais qui a dit que l’objectivité avait sa place ici ? Le vin n’est pas objectif : il est sensuel, sanguin, subjectif, contextuel. L’objectivité, on ira la trouver en maths.

 

 

Les idiots du vin

 

Une piste tout de même, peut-être, pour repérer les idiots du vi(n)llage : leur intolérance, leurs aprioris, vis-à-vis d’un type de vin en particulier. On pense aux pourfendeurs du vin naturel, qui n’y voient qu’un attrape-gogos, un attrape-bobos. Un truc pour des modards qui aimeraient que le vin grésille drôlement en bouche… Ceux-là, les pourfendeurs, seraient nos idiots alors, intolérants jusqu’à l’aveuglement.

 

Mais, dans le même ordre d’idées, les casseurs de châteaux, les tueurs de crus classés, ne vaudraient pas mieux, eux qui sont prêts à brûler les vignes luxueuses, bourrées de pesticides, et les chères bouteilles qui en découlent, sulfitées à mort… Autant d’intolérants, autant d’imbéciles ? Peut-être.

 

 

Dieu vomit les tièdes (paraît-il)

 

Alors seuls les happy mous auraient le vin juste ? Seuls ceux qui iraient peaceandlover le vignoble, en se gardant bien de toute idéologie ou militantisme ; eux seuls goûteraient le vin comme il faut ? Le sociologue Pierre Bourdieu disait que  »celui qui n’est ni de gauche ni de droite, n’est pas de gauche ». Appliqué au vin, cela revient à dire qu’on choisit encore un camp, en n’en choisissant aucun. Qu’on affirme ses idées, certaines idées, en demeurant silencieux.

 

Oublions les imbéciles, que nous sommes tous, atteints de conscience, conscients d’être atteints. Concentrons-nous plutôt sur les causes : y a-t-il des causes justes dans le vin ? Respect de l’environnement, défense de la filière, juste rétribution des différents acteurs, maillons de la chaîne qui va du producteur au consommateur ?

 

Possible, probable, qu’il faille – plutôt que postillonner ses convictions à la figure d’autrui – se contenter de mettre en avant, en valeur, les meilleures méthodes de travail, en tenant compte de nombreux paramètres, qui vont du global au particulier. Ce qui exige d’être sacrément réfléchi, posé, pour ne pas dire franchement intelligent… Hélas, nous sommes tous des imbéciles !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Illustration : Président (film)

©Vindicateur, 09/2011