Les Hygiénistes n’existent pas

In Bed with Médoc
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Le vin de demain, quoi qu’il advienne nous appartient
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Le mot hygiéniste ressort ces temps-ci à toutes les sauces (au vin). Nous pensons que c’est un lieu commun fantoche, une marotte dans la bouche de ceux qui sont en manque d’inspiration, une obsession de microcosmiques du vin ; quand il y a tant et mieux à dire sur le vin. Démonstration, débat ou polémique ?

Loi Evin, loi du Malin ?

 

Ah, la France est sous – écrasée sous la loi Evin. Terrible loi qui interdit la promotion du vin à la télévision, notamment. Et c’est un drame, n’est-ce pas, car sûrement que les vignerons lâcheraient tous des 20000 € pour s’offrir leurs 15 secondes de pub tous les trois matins, sans cela ? Non, bien sûr, seules les grosses machines lâcheraient les liasses, et écraseraient encore plus les petits, du coup… Par conséquent, cette loi est en fait utile d’un point de vue concurrentiel pour les vignerons modestes, soit la plupart des vignerons.

 

Ah, on me rétorque que les syndicats et confédérations de vignerons pourraient les lâcher, eux, les 20000. Cela paraît juste. Les Vignerons Indépendants de France auraient sûrement les moyens de s’offrir des spots de temps en temps. Mais pour quoi faire, quoi dire ? Quel message publicitaire choisirait de véhiculer un collectif de 10000 vignerons en 15 secondes ? Une fadaise, fatalement. Les gens, les consommateurs, ne sont pas des poires, et les spots publicitaires ne changeraient pas la donne.

 

Et les dégustations de vin alors, elles aussi sont proscrites à la télévision, non ? Eh bien non : j’ai personnellement souvenir d’au moins deux émissions culinaires françaises, très récentes, où les présentateurs goûtaient un vin pour accompagner les plats présentés, et en citaient l’appellation (voire le domaine). La loi n’est donc apparemment pas si incontournable que ça.

 

Non, si le vin français est en crise, ce n’est pas la faute d’Evin. C’est plutôt qu’on méconnaît le vin en France, que le consommateur moyen se réfère à des connaissances sommaires ou obsolètes, issues de préjugés bien frenchy, et choisit dans le rayon d’un supermarché ce Bordeaux Supérieur à 3.69 € – ça doit être bien, ça ? – pour se retrouver avec un vin généralement sans intérêt. Ca laisse des traces.

 

Une exception ? Que la loi empêche des chaînes de télévision spécialisées de naître en France ; là, elle fait mal un peu, la loi, parce que c’est assez bête d’empêcher une chaîne – câblée et payante – d’apparaître (on parle d’Edonys, notamment). Une forme rare et tordue de prohibition. En l’occurrence, l’exception devrait faire la règle.

 

 

Les Hygiénistes sont parmi nous… David Vincent les a vus !

 

En réalité, ce n’est pas tant la loi Evin, le problème, que les Satanistes… Pardon, les Hygiénistes ! Une vraie secte de scientifiques, de bien-pensants et d’hypocrites de tous poils : ils sont parmi nous, c’est sûr. A asséner non-stop que le vin c’est dangereux pour la santé, que boire ou conduire il faut choisir, qu’un verre ça va mais trois bonjour les dégâts, et même un seul verre ça n’irait pas selon certains de ces hygiénistes… Quels salauds ! Quels grands malades !

 

On aura perçu l’ironie de ces propos, grossière comme un gros rouge qui tâche… Non, reprocher à tel institut sanitaire ou tel représentant d’un organisme de contrôle d’être ferme et précautionneux vis-à-vis de la consommation de vin, et d’alcool en général, c’est aussi absurde que de reprocher au pape de ne pas prescrire le port du préservatif (je le dis d’autant plus librement que je suis athée). Ils sont dans leur rôle : dans le doute ou d’après des recherches qui ne considèrent que le seul aspect de nuisance potentielle, ces organismes recommandent en effet la prudence, la grande modération, voire l’abstinence (comme le pape). Mais, au-delà, bien d’autres voix dissonantes se font entendre et chacun, en définitive, se forge son avis.

 

Non, ces hygiénistes, imaginaires le plus souvent, ne sont pas cause que le vin français est en crise. Marée de vins médiocres, appellations devenues insignifiantes du fait de réglementations productivistes ou absurdes, concurrence internationale féroce : voilà trois nœuds bien serrés et bien réels du problème.

 

Absence d’une éducation au vin, aussi, surtout peut-être. Le vin, en France, devrait en effet être enseigné à l’école, dès le lycée pour expliquer l’alcool aux jeunes gens sous un autre angle que la défonce – le seul angle qu’ils connaissent en général à cet âge-là (rappelez-vous vos 17-18 ans). Au lieu d’inciter à la consommation, comme certains pourraient le craindre, cet enseignement inciterait à la modération, et sèmerait les graines d’une consommation intelligente et élective. Le vin, en France, est une histoire ; à quand des cours d’histoire du vin ?

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 05/2010