Les guignols de la gnôle

Le balai dans le cul de la bouteille (et comment l’ôter d’un bon coup… de marketing)
septembre 18, 2017
Laurent Baraou, caviste corsaire
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Jean-Pierre  »Leader Price » Coffe propose de servir du vin aux étudiants. Christine Ontivero saute sur l’occasion d’une ânerie télévisée pour dire du bien du bio, façon violon et grandes eaux, et tacler les vins natures au passage : buzz puis contre-buzz assurés, coup de com’ magistral ! Pendant ce temps, une belle clique internationale passe d’un château à l’autre dans le Bordelais, humant et suçotant les 2009 vagissants – afin notamment que soient fixés les prix hors de prix de ces primeurs… Le grand théâtre de guignols de la gnôle ?

Brèves agitations circonscrites aux seuls verres ?

 

La seule question qui vaille, passé l’éventuel agacement ou amusement lié à toutes ces petites agitations médiatiques, est la suivante : ces gens-là font-ils du bien à la filière, servent-ils les vigneron(ne)s ? La réponse n’est peut-être pas aussi évidente qu’on pourrait le penser d’abord. A grands coups de com’ et de clinquant, quelques gouttes passent le micro-milieu du vin et filtrent jusqu’au grand public, qui les absorbe entre deux infos généralistes.  »Tiens, Guillaume Durand a parlé des vins bio, il a dit que c’était dégueulasse… T’en as déjà goûté toi ? » Ou encore :  »Coffe veut filer du vin aux étudiants ? Quelle idée bizarre… » Et :  »Il paraît qu’il y a des gens qui sont prêts à lâcher 300 ou 500 € pour une bouteille de Bordeaux qu’ils n’auront pas avant 2012 ! » En somme, on parle du vin, un peu n’importe comment mais on en parle. Et ce n’est peut-être pas un mal.

 

 

Les justes du jus

 

Mais il y a des initiatives de communication qui paraissent d’emblée plus pertinentes ou sympathiques. Ainsi Bernard Pivot qui, avec Périco Légasse, a créé un comité pour la défense des vins du Beaujolais, petites appellations en tête ; et il a d’ailleurs attendu que son frère, viticulteur dans le Beaujolais, parte à la retraite pour ça : c’est plutôt à son honneur, semble-t-il. Redorer le blason écorché des vins du Beaujolais aussi, sûrement, parce que bien des gars du Gamay méritent des éloges. D’ailleurs, il n’y a pas de petites appellations – il n’y a que de petits vins.

 

 

Le public voit-il rouge ?

 

En France, le public est encore loin de voir rouge, ou blanc, ou rose : on parle peu de vin, et c’est vrai qu’il y a des sujets plus importants, bien sûr. Néanmoins, le vin c’est beaucoup d’emplois, c’est aussi un bulbe culturel planté bien profond – un peu trop profond peut-être ? Quel rapport en effet les jeunes peuvent-ils entretenir avec le vin, eux qui généralement ne s’y intéressent pas une seconde avant d’avoir 25 ans au minimum ? Est-ce que ce n’est pas pourtant aux âges de grande défonce (16-20 ans) que le vin aurait toute sa place, en tant qu’objet culturel, objet de dégustations et de tâtonnements ? L’œnologie devrait être enseignée au lycée, dès la classe de seconde, intégrée aux cours d’histoire-géographie : voilà qui serait une façon intelligente et ludique de lutter contre le binge drinking, ces alcoolisations excessives qui ne visent que la défonce, l’ivresse brutale – tout le contraire du vin.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 03/2010