Le vin est un gros mytho

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Le vin ment comme il respire : il ne raconte jamais la même histoire d’une bouche à l’autre, d’un pif à l’autre, d’un moment à l’autre. De Casanova à Cthulhu, séduisant ou repoussant, d’un dégustateur au suivant. C’est tout le vin, ça. Souvent bipolaire, double-face, John Woo style… Et comment on s’y retrouve avec ce menteur AOC, patenté ?

C’est le jeu, ma pauvre Lucette !

 

Tel grand cru glacial. Tel vin naturel fatigué. Tel vin  »ordinaire »… trop ordinaire. Mais, trois heures, trois jours ou trois ans après – ou la même bouteille juste à côté – bonne, profonde, éclatante ! C’est injuste ? Mais c’est le jeu, ma pauvre Lucette ! Si le vin était toujours égal à lui-même, qu’est-ce qu’on s’ennuierait d’ailleurs. Non, il bouge, le vin, il varie. Il tourne en rond dans sa bouteille et nous présente, au choix, son vilain postérieur ou son joli minois.

 

Il semble que des scientifiques aient mis au jour la preuve que nos nez eux-mêmes seraient de gros mythos : d’un naseau à l’autre, captant le même vin, strictement les mêmes molécules, notre sens miteux ne les traduirait jamais de la même façon que le voisin… Certains y percevant, par exemple, tel agréable parfum de fleur ; quand d’autres y flairent plutôt une odeur d’urine ou de sueur.  »Il y a 347 gènes dédiés à l’olfaction et 50% sont différents d’un individu à l’autre. Dans ces conditions, il est rigoureusement impossible de sentir pareil et de s’entendre sur un vocabulaire approprié. » Dixit un gars sérieux en blouse blanche.

 

Le mensonge est donc doublé : après celui du vin, caméléon jusqu’aux oreilles, celui de notre nez, perfide pif ! Triplé même, car pour peu qu’on goûte le vin dans un verre noir, opaque, ignorant sa couleur réelle, on est susceptible de confondre rouge et blanc et inversement. Et c’est jusqu’à la couleur des murs (!) qui influencerait notre jugement de dégustateur… Alors, comment s’en sortir, que croire, qui croire, si nous sommes trompés de toutes parts ?

 

 

Le vin est un extraterrestre

 

La vérité du vin est un leurre. Hormis les déviances manifestes et permanentes, le vin est un extraterrestre. Un space invader qui nous surprend régulièrement, en bien ou en mal. Parce qu’il est rarement où on l’attend, ce salopard… Est-ce un problème ? Uniquement si on recherche la monotonie du bon goût familier… Il en est.

 

Mais, par un principe évident, le bon goût familier, répétitif, bientôt monotone, est un bon goût de seconde zone. Un bon trop banal pour être beau. Un bon dont on se lasse relativement vite. Contrairement aux vins peu familiers, atypiques, qui constituent en réalité une autre norme. Parce qu’ils sont nombreux, eux aussi, et de toutes origines, mais qu’on ne s’habitue pas, jamais au beau : c’est la norme inhabituelle, celle des meilleurs vins… Ne fuyez pas les vins extraterrestres, ils viennent en paix.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Un sosie de Cthulhu sirote un cocktail (au Grunge Tasting ?)

©Vindicateur, 12/2011