Le vin est-il bon pour la santé : un faux débat ?

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Le lien entre consommation de vin et santé ressurgit tous les mois, à la faveur d’un nouveau rapport, de nouvelles recherches, de nouveaux coups de gueule… Mais est-il seulement pertinent de poser la question en ces termes ?

Le vin n’est plus à côté de la moutarde

 

Le vin est a priori relativement bon pour la santé lorsqu’on en boit un verre par repas – autant dire quand on le boit par habitude, pour se  »désaltérer » : ce qui n’est pas sa fonction, ni non plus son usage de nos jours. Par conséquent le vin n’est bon pour la santé que s’il est consommé d’une manière qui ne lui correspond pas, ou plus.

 

En effet, aujourd’hui, la plupart des amateurs de vin ne boivent pas de vin de façon systématique, à tous les repas ; et surtout, lorsqu’ils en boivent, occasionnellement, ils remplissent généralement plus d’un verre… Quel est donc ce besoin de systématiser une pratique qui ne correspond pas à la réalité de la consommation ? Le fameux  »french paradox » ne correspond en effet plus aux habitudes de consommation actuelles.

 

Aujourd’hui, les vins de qualité se multipliant et devenant relativement abordables (plus besoin de lorgner après quelque  »grand cru » à XX € la bouteille pour goûter de très belles choses) le vin se démocratise, en redevenant un objet d’abord festif et culturel, attaché à des moments particuliers. Peu, en effet, sont ceux qui boivent du vin tous les jours, à tous les repas.

 

 

Mauvais procès, mauvaises louanges

 

Le vin, tel qu’il est généralement consommé par les amateurs, n’est donc pas bon pour la santé. Pour autant, est-il mauvais pour la santé ? Cela dépendra des consommateurs et de leur consommation. Chacun sait bien quand il abuse ; nul besoin qu’un scientifique en blouse blanche vienne lui secouer l’index sous le nez.

 

Faut-il alors diaboliser la consommation de vin ? Bien sûr que non ! Probablement qu’une majorité des amateurs – et des consommateurs occasionnels en général – ne sont pas précisément raisonnables et, parce qu’ils y trouvent un plaisir tout à fait licite, boivent du vin, parfois, ponctuellement, plus que ce que les scientifiques et leurs études recommandent…

 

Mais ici, il faut immédiatement poser la terrible question suivante : Et alors ?

 

La vie est faite de petits abus, de petits excès, en tout. Et le vin n’est pas le pire d’entre eux, loin de là. Car il faut rappeler qu’un amateur de vin, soit un consommateur relativement éclairé, ne recherche pas l’ivresse lorsqu’il déguste un vin ; il ne cherche pas à se défoncer, à se mettre minable – non, en goûtant et regoûtant un vin, il cherche avant tout à se procurer un plaisir particulier, sensible et intellectuel, que l’ivresse brute empêche d’éprouver.

 

L’amateur de vin n’est donc pas strictement raisonnable ; ce n’est pas son rôle d’être raisonnable. Toutefois, sa quête en tant qu’amateur n’est pas l’ivresse ou l’alcoolisation – mais un plaisir particulier et généralement convivial. Soit quelque chose d’humain, le plaisir, et de nécessaire, la convivialité… Qu’on cesse donc de tresser d’une part des lauriers sanitaires au vin, et de lui faire d’autre part des procès sous l’angle de la santé. Ce n’est pas raisonnable !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 04/2010