Le vin, entre sincérité et business

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On voudrait parfois que le vin fût de pur esprit : échanges privilégiés, recommandations désintéressées, humanité liquide, ou encore  »lubrifiant relationnel » pour citer un blogueur jurassien bien connu. Mais le vin, c’est aussi du business. On en vend, on en fait la promotion – parfois même sans le vouloir, en se réclamant du seul amateurisme… Comment, d’ailleurs, concilier ces différents versants du vin : passion, pognon ?

Vrai-faux amateur ?

 

Est-on encore simplement  »amateur » dès lors qu’on publie quoi que ce soit, où que ce soit, au sujet des vins qu’on goûte ? Les blogueurs de tous poils, les membres de forums consacrés au vin, sont-ils de simples amateurs ? Quand ils disent leurs goûts, leurs préférences, ils recommandent publiquement des vins. Et s’ils ne sont pas directement rémunérés pour le faire, comme certains professionnels, il est quelquefois difficile d’établir la frontière – la ligne jaune – entre l’amateur purement désintéressé et celui qui recherche… quelque chose : une reconnaissance ? Avec peut-être, à terme, une professionnalisation ?

 

Certains blogueurs sont déjà, de fait, des professionnels proposant une approche plus souple qui peut passer pour de l’amateurisme. Les codes sont brouillés. Et la dichotomie amateur/professionnel pose peut-être mal les termes de la question en réalité. Peu importe au fond qu’on soit amateur ou professionnel dès lors qu’on publie quelque chose, quelque part, à propos de vin. La vraie bonne question c’est : veut-on vendre quoi que ce soit, en a-t-on l’intention, lorsqu’on parle de vin ? Que ce soit du vin, ou sa propre image, cherche-t-on à vendre quelque chose ? Allons plus loin : est-ce que rendre publique, publier son avis, ce n’est pas toujours (se) vendre ?

 

 

L’indépendance, le seul critère fiable

 

Puisque l’intention n’est pas évidente à établir clairement, qu’elle est par principe complexe, multiple, à tiroirs ; c’est l’indépendance qui sera peut-être le seul critère déterminant : blogueurs, forumeurs, journalistes, publications en tous genres… et leur indépendance vis-à-vis des producteurs et des revendeurs.

 

Le fait qu’une publication perçoive une rémunération, économiquement vitale, de l’une ou l’autre de ces branches professionnelles met sérieusement en question son indépendance. Autrement dit, si une publication vineuse ne peut exister sans la publicité, sans les revenus issus directement ou indirectement des producteurs et des revendeurs, elle n’est pas indépendante. Et par conséquent insuffisamment fiable. Et c’est également vrai pour les individus.

 

Dans ces conditions, il peut d’ailleurs paraître facile d’être indépendant – peu sont ceux en effet qui perçoivent de telles rémunérations – mais c’est inexact : car en avoir seulement l’intention, rechercher ces rémunérations, suffit pour entrer dans cette catégories des  »dépendants ».

 

L’indépendance est donc rare parmi les professionnels, et plus rare qu’on peut le penser a priori parmi les amateurs. Ce qui la rend d’autant plus précieuse. Elle est en tout cas le seul critère fiable pour juger de la qualité d’une recommandation… Outre la compétence du critique, bien entendu, mais c’est une autre histoire.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 11/2010