Le Triangle des Bermudes du vin

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Les 3 terribles T : Tradition, Terroir, Téquila (ok, la téquila c’était juste pour boucler le triangle, parce qu’un bi-angle des Bermudes, c’était moins parlant). Entre les feux croisés de la tradition et du terroir, notions finalement aussi obscures l’une que l’autre, quiconque a l’audace de se pencher sur le vin, se voit aussitôt plongé dans un brouillard épais – d’où toute compréhension disparaît comme dans un bordel de triangle des Bermudes… Lost, mais il y a anguille sous roche.

Foutre en l’air le trop-plein de poussière historique

 

Le terroir est une notion relativement objective – le sol, sa localisation, sa composition, son orientation, son inclinaison – mais qui a été dévoyée : on a établi une hiérarchie des terroirs écrasante, toute puissante, laquelle dit en résumé :  »Ici, ce sera beau et bon et cher ; là, ce sera potable et peuchère. » Le tout étant fondé autant sur des données relativement objectives (regarde comme il est beau mon sol) que sur la tradition (espèce d’ancêtre du marketing, plus subjectif tu crèves).

 

En définitive, les hiérarchies existantes dans le vin sont biaisées, et assez peu dignes de confiance. Mais le vin en France étant ce qu’il est – un grand puzzle d’appellations, environ 500 au compteur – le quidam n’a que cette hiérarchie établie (qu’il entrave à peine) pour essayer de s’y retrouver. Et il tombe forcément, régulièrement dans le panneau.

 

 

Les appellations sont des marques

 

Si tu veux boire du Nike, tu paieras plus cher que si tu veux boire du Bata. Pourtant les deux produits sont fabriqués en Chine (ou équivalent). Si tu veux boire du Pauillac, du Châteauneuf-du-Pape ou du Pommard, c’est pareil : Pauillac, Châteauneuf et Pommard sont d’abord des marques aujourd’hui, de belles marques, prestigieuses, mais qui ne garantissent pas la qualité du vin – seulement l’origine (qui n’est pas la Chine, sauf peut-être si tu achètes ton vin en Chine).

 

S’assurer de la qualité d’un vin, au-delà de sa seule marque, demande des efforts, des recherches. Mais qui a le temps de réaliser ces recherches ? Certainement pas le consommateur qui passe rapidement dans un rayon, en quête d’une bouteille. D’où, on y revient, la nécessité du conseil.

 

Les cavistes demeurent à ce jour les seuls interlocuteurs directs (en indirect, il y a les guides et Internet) susceptibles de diriger les consommateurs vers les meilleurs vins – qu’ils soient de marque ou non. Bien sûr, il y a Caviste et caviste, mais c’est une autre histoire… En tout cas, nul n’est tenu de porter des Nike made in China, ni de boire des Pauillac pissés par des yacks.

 

NB : Aucun gentil Pauillac n’a été blessé durant le tournage.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Source illustration : Lyricis

©Vindicateur, 08/2011