Le blogueur est un imposteur

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Il n’y a pas ou plus de  »gourou » dans le vin ; c’est en résumé la réponse à la question, un peu téléphonée, plus accroche thématique que véritable interrogation, posée hier lors de la Rencontre des Vignerons Indépendants de France à Bordeaux. Cependant, en quelques mois, un(e) inconnu(e) peut devenir prescripteur ou influenceur grâce à Internet. Notamment en ouvrant un blog. Et il y a là une remarquable forme d’imposture. Une imposture qui, en matière de vin, peut faire beaucoup de bien, en étant le corollaire de la sincérité, d’une fraicheur infalsifiable.

L’imposture par la vitesse

 

L’imposteur est un blogueur qui a percé. Il est vu, lu, écouté, repris. Ils sont une minorité, par principe. Son influence (d’ailleurs relative et difficile à mesurer) il l’a souvent acquise assez vite – parfois en l’espace de quelques mois – et sans forcément avoir un quelconque bagage, une formation ou une expérience poussée en rapport avec les sujets qu’il traite sur son blog.

 

Ainsi, en 6 mois, le blogueur peut devenir une référence sur un sujet qu’il ignorait parfois totalement 6 mois plus tôt. Comment est-ce possible ? En réalité ce n’est pas toujours possible, certains sujets s’y prêtent mieux que d’autres : le vin est de ceux-là.

 

 

L’ignorant gagnant

 

Pour ce qui est du vin, partir de zéro ou presque, à égalité avec l’amateur débutant, est un atout évident pour le blogueur : il ne prend personne de haut, parle de vin simplement ou drôlement, communique ses opinions et partage ses impressions de façon immédiatement intelligible par les internautes. Simple, sincère, il est accessible et il touche.

 

Cela implique, bien sûr, une pertinence dans le propos. Et une activité suffisamment régulière sur le blog en question. Mais il est inutile de connaître très bien le vin pour en parler très bien. On en parle même parfois d’autant mieux qu’on le connaît peu… et c’est la brèche où s’engouffre le blogueur.

 

 

Le ton juste et le support adéquat

 

Le vin, sa dégustation, est un acte sensible et intellectuel ; un acte sûrement complexe si on cherche à le décortiquer. Quelle est la part de ressenti, la part de réfléchi ? L’animal et l’humain en nous, goûtent ensemble, se disputent le verre, et décident d’un compromis pour dire si c’est, en somme, bon ou pas.

 

Le blogueur imposteur, qui par principe n’a pas 5000 références où se raccrocher, n’a d’autre choix que celui de dire sincèrement les choses. Il utilise alors, souvent, des mots inhabituels, un discours décalé, pour décrire ce qu’il a goûté. Il détonne, surprend, interpelle. Cela fonctionne : l’habituel ronron de la dégustation vole en éclats, et le blogueur donne une forme renouvelée à cette vieille chose. Et s’il a le ton juste, il a aussi le support qui va avec : un blog, comme un grand bar ouvert à tous 24 heures sur 24. Les conditions sont réunies, idéales pour qu’il devienne cet imposteur respecté…

 

 

Une fraicheur qui fait sens

 

Certains adhèrent, d’autres pas. Peu importe, la donne change : l’ignorant, l’imposteur, bouscule le genre. Il mise presque tout sur la fraicheur, la spontanéité, la sincérité ; et cela fonctionne parce que, précisément, il est alors au plus près de la nature même du vin. Un bon vin, c’est d’abord une claque. Et on ne décrit pas une claque sagement, tranquillement, avec des mots toujours les mêmes.

 

Le vin est donc bien un truc d’imposteur – de dilettante malin et touche-à-tout, qui a l’intelligence de crever sans hésiter la panse du vin, pour le livrer tout chaud, tout cru, au monde. D’où que les meilleurs blogueurs, ces anti-gourous par principe, comme il y a des antihéros, prendront le pouvoir… malgré eux.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Crédit photo : Galileo

©Vindicateur, 04/2011