Le balai dans le cul de la bouteille (et comment l’ôter d’un bon coup… de marketing)

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Le vin en France est souvent encore vu comme une institution figée, avec son lot de clichés (grands châteaux, vignobles imperturbables, nectars hermétiques aux profanes). La réalité est bien sûr plus complexe et diverse, à l’image d’une filière qui dans l’ensemble connaît d’ailleurs plus de bas que de hauts. Avec en fait des vigneron(ne)s et des domaines souvent accessibles, concevant des vins d’un bon voire d’un excellent rapport qualité prix, et surtout des vins d’une grande variété… En fait, le problème du vin, d’un certain vin, c’est qu’il a, pardon, un balai dans le cul.

Un balai d’or dans le derrière

 

Ce balais est incrusté d’or, parce qu’il ne vise (et touche) que les vins qui coûtent cher, voire très cher : il faut en effet, outre la qualité du vin en soi, pouvoir justifier des prix très élevés par le biais d’un certain standing. Bizarrement, ce standing n’est pas nécessairement le fait des propriétaires des grands châteaux ou domaines, à qui il arrive de savoir rester simple, accessible en dépit de leur réussite. Non, le standing en question – alias le balais d’or dans le cul – est davantage véhiculé par les milieux commerçant et marketisant ces vins très chers (et peut-être par une certaine clique de journalistes qui, à travers cette attitude, pensent se rendre intouchables, indéboulonnables). On ne peut en effet pas présenter un vin qui coûtera des 50, 100 ou 500 € la bouteille comme on présenterait un vin à 5 € le verre dans un bar à vin sans chichi. Non, pour les vins très chers, le balais dans le popotin est nécessaire, un standing certain – appelons ça une espèce de bling-bling naturel.

 

 

Argent méchant ?

 

Mais est-ci si important qu’on doive relever, voire attaquer tout ce décorum maniéré, cette pompe et ces paillettes alta-embourgeoisées ? En un sens oui, c’est important et regrettable, car cela met l’argent sur le devant de la scène ; ce qui fatalement exclut une partie des consommateurs, des amateurs – des gens. Cela fait également du vin, de ces vins chers en particulier, un marché d’investisseurs plutôt que de consommateurs et d’amateurs. Il existe même des fonds d’investissement spécialisés exclusivement dans le vin… Est-ce qu’on ne s’est pas un peu perdus en route là ? Plus que le balai c’est donc bien l’or qui gêne, qui irrite.

 

 

Coup de balai dans le Bordelais ?

 

J’ai fait un rêve absurde, celui où les grands châteaux et domaines cesseraient toute dépense de marketing et de publicité – et répercuteraient les économies réalisées sur le prix de leurs vins, permettant à davantage d’amateurs de s’en offrir quelquefois. Les vins étant moins chers et leurs prix fluctuant moins, les grands acheteurs et investisseurs s’en désintéresseraient – laissant toute la place aux vrais amateurs… Est-ce que ce ne serait pas d’ailleurs, en soi, un super coup marketing ? Que le grand château ou domaine qui tentera ce coup improbable nous envoie une ou deux caisses pour l’idée qu’elle est bonne. D’avance, merci !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 03/2010