Last night a blogger saved my life

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Un blogueur ? Plutôt douze, vingt, et mille internautes… Pour une histoire virtuelle qui a viré bien réelle. Olivier B, vigneron anonyme du Ventoux, a reçu le soutien de nombreux internautes après avoir annoncé sur son blog, en catimini, vouloir tout arrêter. Le feu de paille a pris, de blog en forum, de Twitter à Facebook, jusqu’à finir dans les médias régionaux, puis nationaux. Le tout en un mois. Entretemps, 20 000 € de vin était vendu, de quoi donner un bol d’air au vigneron (qui n’est pas  »sauvé » pour autant). Du marketing viral à la solidarité virale… Mais derrière l’anecdote et le vigneron masqué, se cache un symbole.

Un symbole avance toujours masqué

 

Il y en a marre d’Olivier B, ras le bol ! Mais si Olivier B était un symbole ? S’il était toutes ces femmes, ces hommes, qui n’ont pas le lendemain certain ? Si de son sort dépendait celui d’une communauté de vignerons qui, sans déconner, sont ses frères et sœurs ? Si parler d’Olivier B – et cette initiale impersonnelle, ce visage masqué, sont d’ailleurs une étrange coïncidence ; si ça revenait à parler de cent ou mille vignerons, de tous ces anonymes, ces sans grade, ces  »petits » vignerons ?

 

Attention, les petits vignerons ne sont pas petits – ils sont accessibles, ils vous regardent et vous parlent à hauteur d’yeux ; ils font du vin, ils en parlent avec plus ou moins d’habilité, mais souvent sincèrement, et ils sont friands d’échanges avec les amateurs. Internet est là qui met en relation tout ce petit monde, qui facilite, accélère et amplifie les échanges. Et fait parfois avancer les choses. L’affaire Olivier B marquera peut-être un tournant, et le type au chapeau s’effacera alors derrière le symbole, l’exemplarité.

 

 

Revolution.com

 

Pourquoi, en effet, ne pas donner à ce précédent – car c’en est un – une valeur d’exemple. Comme un marqueur, un  »tag » dans le temps, qui dirait : à partir de maintenant et parce qu’il est présent sur Internet, un vigneron est susceptible d’éprouver une solidarité incendiaire.

 

Mais il ne pourra sûrement pas la calculer, la provoquer ; comme un feu ça prendra – ou pas. Et c’est dans cette spontanéité essentielle que réside la classe de la chose. Pas de calculs intéressés ici, plutôt des mouvements de foule, imprévisibles, puissants. Mais une foule qui relève l’autre, au lieu de le piétiner.

 

Naïveté ? Angélisme ? Manipulation ? Ephémère ta mère ? Objection, votre déshonneur ! L’affaire Olivier B, exemplaire, étalon, montre qu’un tweet peut finir à la télévision ; qu’une annonce lancée depuis une commune minuscule peut être entendue dans des dizaines de grandes villes – pourvu qu’une amplification du signal ait eu lieu. Qui aurait pu prévoir cela, l’anticiper, le manipuler ? D’ailleurs, un buzz qui dure plus d’un mois est-il encore un buzz ?

 

 

L’arbre qui ne cache pas le vignoble

 

Olivier B – qui n’est pas tiré d’affaires et dont on fera bien de chercher à goûter les vins si ce n’est pas déjà fait – n’est qu’un vigneron parmi d’autres. Brusquement sorti de l’anonymat, il aura eu ses 15 minutes de gloire médiatique, étirées à un mois entier. Un grand feu de paille dont l’unique fonction, passée l’agitation, est de lui avoir redonné l’envie de se bagarrer, sinon les moyens.

 

Mais, à l’image des JT, les sujets se succèdent. Ce qui était nouveau hier, est déjà vieux aujourd’hui : ainsi, tandis qu’Olivier B tente le tout pour le tout avec son banquier et cherche à mettre en place une souscription sur cinq millésimes, qu’il est au beau milieu du gué et non pas au sec sur le rivage ; c’est un autre vigneron, Patrick Grisard du Château Cornélie (Haut-Médoc) qui prendra peut-être sa place sur le devant de la scène, après que ses problèmes ont d’abord été relayés sur le forum La Passion du Vin.

 

Et si, en exposant avec force les problèmes d’un, deux, puis douze vignerons, on mettait sur le tapis une question bien plus vaste qu’eux ? Et si ce n’était ni futile ni factice ni éphémère ? Et si c’était précisément ce qu’il fallait faire : les pointer du doigt, les uns après les autres ; et, ainsi, humaniser un problème grand et froid comme notre société.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Crédit illustration : Heather Dee

©Vindicateur, 02/2011