L’art du vin au vieillard ne convient ?

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Au même titre que l’ouïe et la vue, le goût et l’odorat déclinent avec l’âge. Peut-on alors encore se fier, concernant le vin, à l’avis d’un critique d’un certain âge ? Et, surtout, à quel âge correspond ce  »certain » âge ?

Déclin des sens

 

Il est scientifiquement admis que tous les sens humains perdent en précision, en finesse à mesure que les années passent. Ce déclin commence tôt et on estime que l’âge où nos sens sont le plus affûtés est… 22 ans (qui serait également l’âge où nous avons le plus de neurones).

 

Cela dit, c’est plus tard que le déclin des fonctions sensorielles se fait effectivement sentir au point de devenir déroutant pour le sujet : à 60 ans plus aucun de nos sens n’est au top, et les informations qu’ils nous transmettent sont systématiquement moins fiables ou moins précises, comme embrumées. Vers l’âge de 70 ans, nous avons notamment perdu les deux tiers des corpuscules gustatifs placés principalement sur la langue.

 

Dès lors, est-il pertinent que la plupart des grands critiques de vin – ceux dont les avis sont les plus estimés et les plus suivis – aient généralement la soixantaine ? Ne devrait-on pas fixer la retraite à 55 ans dans ce corps de métier, exceptionnellement ?!

 

Bien entendu, on peut toujours objecter que la perte sensorielle due à l’âge est compensée par la grande expérience acquise… Mais à quoi peut servir toute l’expérience du monde si l’on ne peut plus se fier à ce qu’on ressent ? Si les qualités organoleptiques d’un vin donné sont biaisées dans la bouche d’un sexagénaire, sur quelle expérience pourra-t-il s’appuyer pour, malgré cela – malgré ce mur – reconnaître les véritables qualités du vin ?

 

 

L’âge du capitaine dépend de celui des matelots

 

Il y a un hic. Si l’âge des critiques professionnels est proche de l’âge de ceux qui se fieront à leurs commentaires, toute cette thèse  »jeuniste » tombe à l’eau : en effet, si leurs lecteurs ont eux aussi la soixantaine et que leurs sens sont également sur le déclin, ils se reconnaîtront dans les avis produits par des critiques ayant les mêmes failles et les mêmes difficultés à percevoir les qualités organoleptiques des vins… Tout comme deux aveugles s’échangeraient parfaitement des informations entre eux, bien mieux que si l’un des deux était voyant et faisait sans cesse référence à ce sens auquel l’autre n’entendrait rien. En somme, il faut sûrement suivre les critiques de son âge, et vieillir avec eux !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 12/2009