L’âge d’or du vin, c’est maintenant

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Le vin a toujours dû concilier réalité économique et utopie concrète, contraintes très terre-à-terre et idéal liquide. Aujourd’hui, les conditions semblent plus que jamais réunies pour que l’utopie prenne le pas sur la réalité : techniquement et théoriquement, les vignerons ont toutes les cartes en mains pour qu’adviennent les meilleurs vins jamais conçus.

Réalité économique, dès les origines

 

Initialement, les vignobles en France (et ailleurs) sont nés, se sont dessinés, notamment en fonction de la demande : c’est la thèse de Roger Dion, largement développée et vérifiée dans son ouvrage  »Histoire de la vigne et du vin en France – des origines au XIXe siècle ». La problématique de l’accès au marché imposait en effet de sélectionner des terroirs en adéquation avec les capacités logistiques limitées de l’époque (d’où peut-être qu’un géologue comme Claude bourguignon estime que 30% des meilleurs terroirs sont encore inexploités de nos jours).

 

A l’origine, on a donc commencé par révéler les meilleurs terroirs dans des périmètres donnés, restreints, liés à des contingences économiques : faire du bon vin d’accord, mais encore fallait-il pouvoir le vendre. Le terroir,  »fait social et non géologique », devait donc répondre à ces deux exigences : être certes bien situé géo-climatiquement mais être également bien situé économiquement, autrement dit à portée d’un marché, d’une demande.

 

 

Utopie concrète, de nos jours

 

Aujourd’hui, les problèmes de logistique sont en grande partie résolus : les moyens de transport sont plus nombreux et plus rapides, le réseau routier est développé, le marché international est accessible. Potentiellement, il est donc économiquement viable de travailler à peu près n’importe quel terroir, sans autre considération que sa qualité géo-climatique pure. On peut ainsi rêver le plus fabuleux des vins, on peut rendre l’utopie concrète.

 

Le premier souci du vigneron sincère est donc désormais de mettre en valeur, d’accompagner par son travail et sa passion, le plus beau terroir possible. Ce qui a fait dire à un Gauby, par exemple, que  »Calce est le plus grand terroir du monde ». Bien sûr, il doit y avoir 100 voire 1000 de ces plus grands terroirs du monde, des lieux magiques, jadis peu accessibles ou exploitables dans les termes définis plus haut, aujourd’hui mis en vignes puis en vin par de grand-e-s vigneron-ne-s.

 

 

En plein âge d’or ?

 

Si on ajoute à cette liberté de terroiriser n’importe quel terre ou presque, le fait que la viticulture elle-même s’est enrichie de pratiques (certes parfois contestées, sinon contestables) conciliant un respect intransigeant de la nature et une efficacité suffisante, on peut conclure que nous nous trouvons, depuis quelques années, à l’apogée de la viticulture : les meilleurs vins sont nos contemporains. Toutes les conditions semblent en effet réunies pour que des chefs-d’œuvre à boire déboulent d’un peu partout.

 

Et c’est précisément cette multiplication des manières de bien faire, ces grands vins indifféremment issus d’AOC ou déclassés, qui perturbent tant l’administration : le chaos des AOC, la réglementation sur le bio sur laquelle l’Europe n’arrive pas à s’entendre… Le vin ne rentre plus sagement dans de petites cases ; il est désormais protéiforme, en mouvement, agité, dans une évolution très rapide à l’échelle de la viticulture (environ 6000 ans).

 

Voilà qui est compliqué voire imbitable du point de vue du consommateur, sûrement qu’il s’y perd – pour peu qu’il essaye de s’y intéresser – mais c’est néanmoins là l’expression d’une vraie richesse, une animation prometteuse : le vin est plus vivant que jamais, et c’est à chacun, commentateur, amateur ou professionnel, de soutenir cette vitalité, afin qu’adviennent les vins et vignerons les plus sincères au sein de cet âge d’or manifeste.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 06/2010