Label AB : une démonstration par l’absurde

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Quelqu’un a dit que les vins bio n’existaient pas. En réalité, ce qui n’existe pas c’est un label  »AB » adéquat, qui caractériserait le vin tout au long de sa conception, tandis que le label actuel s’arrête aux raisins : une fois vendangés, on les vinifie comme on veut, et les vins au final changent du tout au tout, suivant les procédés et intrants employés. Pour démontrer l’absurdité de ce label bancal, on a donc goûté le Bordeaux rouge  »Pierre Chanau » 2009. Avec son étendard AB bien visible sur l’étiquette. Gros comme un camion.

Le B-A-BA de l’AB

 

Pour rappel, l’agriculture biologique certifiée (par le fameux logo AB) ne concerne que les raisins. C’est un problème selon certains acteurs de la filière. De  »petits » vignerons notamment, pour qui le bio ça ne s’arrête pas aux raisins, et qui vinifient leurs vins avec le moins d’interventions possibles, de sorte à ce que les raisins  »sains » obtenus ne soient pas pervertis par une vinification inappropriée, excessive, violente ou déviante. Ce qui reviendrait à passer de la soie à la machine à laver.

 

Surtout, ça pose un problème quant à la légitimité du label AB en matière de vin, puisque derrière lui on peut trouver toutes sortes de choses, radicalement différentes. Récemment, une législation européenne nouvelle a tenté de voir le jour. Différents intérêts se sont entrechoqués (notamment sur la question des teneurs en sulfites ajoutés) et ça a capoté. Rien de nouveau donc, on en reste au logo AB, le plus connu, celui auquel sont censés faire confiance les consommateurs. Mais qui reste incomplet, objectivement insuffisant pour ce qui est du vin. Et dans les faits, ça donne quoi ?

 

 

Bordeaux bio  »Pierre Chanau » 2009

 

Le bio est en vogue dans les linéaires des grandes surfaces, et le vin n’échappe pas à la vague. Auchan a ainsi lancé sa gamme de vins  »AB ». Pas moyen d’y couper, il faut goûter. Pierre Chanau m’a tuer ?

 

Nez alcooleux. Goût de rien, goût de vin trop vert (et rien à voir avec le bio). Le fruit est quelque part au troisième sous-sol. Il laisse la bouche pâteuse, et puis c’est encore pire les trois secondes suivantes. Le tout est d’une imprécision permanente. On a le vin triste dès la deuxième gorgée… Le prix de l’expérience ? 4.15 €. Ce n’est pas très cher, mais ça ne les vaut pas. On s’est fait rouler à petit prix. Et il faut voir comme il porte son logo AB sur le poitrail, bien haut, comme un pacemaker apparent. Fier, ou plutôt cache-misère.

 

En somme, le logo  »AB », en l’état éclopé, n’est pas un gage suffisant de qualité. Une réglementation plus complète est nécessaire pour le vin. Certes, d’autres labels existent, qui sont plus rigoureux, mais ils restent méconnus. Il faut un label AB revisité, plus exigeant, histoire que les domaines bio qui bossent sérieusement sortent davantage du lot.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 01/2011