La polémique fait-elle du bien au vin ?

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Drôle de question, pour de drôles de vins ? Les vins polémiques existent bien, David Vincent les a vus et il est loin d’être le seul. Ce sont ces vins qui font qu’amateurs comme experts s’écharpent – ou échangent bien trop poliment, ce qui revient au même. La polémique crée et alimente le débat, à l’infini, mais sert-elle le vin ? Oui, bien sûr. Rien de pire qu’un vin sans histoire(s).

Primeurs et sans soufre, même combat ?

 

Deux mondes qu’a priori tout oppose : les primeurs, ces grands vins de Bordeaux (mais pas celui-ci, même si son étiquette arbore ce titre énorme) à peine encabanés en barriques, aussitôt vendus ; et les vins sans soufre (ces vins  »nature » qui ne connaissent pas d’autres sulfites que ceux présents naturellement). Ils ont la polémique en garde alternée.

 

Les uns, les  »primeurs », parce que bien trop chers, déconnectés de la réalité augmentée, dans leur bulle spéculative ; que même Parker (ingrat, Bob ?) il dit qu’ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Et que les 2010 seraient aussi formidables que les 2009. Il y aura bientôt plus que les Chinois pour en acheter… – Petit con, ce sont des vins immenses, historiques, une fierté nationale et une bouffée d’air pour notre commerce extérieur !

 

Les autres, les  »sans soufre », parce que ça pue, ça pique, ça sent l’évier pas propre. – Mais non, espèce de réac’, ça donne des vins à l’expression pure, et surtout naturelle, d’une beauté souvent frappante !

 

Et chacun jugera, se positionnera dans tel ou tel débat, en fonction de ce qu’il est. On boit comme on pense. Le vin étant avant tout une expérience personnelle, sensible voire sensuelle, et, dans une moindre mesure, intellectuelle ; personne n’aura jamais vraiment raison, les débats peuvent ainsi tourner en boucle à l’infini. C’est terrible… ou pas.

 

Bonus track : Le premier  »primeur sans soufre » sera une bombe polémique mutante dévastatrice (idée cadeau à l’attention des domaines en quête de polémiques neuves).

 

 

Le bio, polémique ?

 

Le bio, l’agriculture biologique, n’est plus polémique en soi. Plus personne n’oserait sérieusement soutenir que le bio est une mauvaise chose par principe (quoiqu’on peut encore lire ici ou là que les traitements au cuivre ne valent pas mieux que les produits phytosanitaires). A présent, les polémiques autour du bio tiennent surtout dans la forme, dans la manière dont on en parle et dont on l’envisage.

 

Quand on est en bio, il faut l’affirmer, le labelliser, disent les uns. – Non, il ne faut pas le crier sur les toits, disent les autres, en faire un argument marketing.

 

Il faut une charte de vinification bio, martèlent les uns. – D’accord, mais pas trop poussée, sinon je vous donne de  »l’ayatollah du bio », objectent les autres.

 

En réalité, chaque acquis fait se déplacer un peu le débat, qui ne se refermera jamais. D’ailleurs, il ne faut surtout pas qu’il cesse, qu’il s’endorme. Les commentateurs sont avides d’étincelles : ils croisent le fer pour étinceler. Ils chercheront donc toujours la petite bête à trucider.

 

 

Chérie, ça va couper

 

Attention, on est toujours d’un côté ou de l’autre d’une polémique. C’est choisis ton camp ou crève. On peut prétendre s’extraire du débat, prendre ses distances, de la hauteur ; mais en son petit for(t) intérieur, on a tranché – on sait bien dans quel camp on se trouve, au fond.

 

Peut-être que la véritable difficulté – et le sens même de la polémique – consiste à sympathiser avec l’autre camp, à ne pas lui tenir rigueur de son choix (mauvais, puisque ce n’est pas le nôtre !) et à l’encourager à poursuivre le débat ; car c’est bien cela, le débat, le chemin, qui importe, qui anime, qui donne vie à la polémique – et un surplus d’existence à son objet. D’ailleurs, le meilleur moyen de vaincre son ennemi, c’est de s’en faire un ami, disait Bouddha ou Gandhi (ou les deux).

 

L’objet de la polémique en sort donc toujours grandi, doté d’un supplément d’existence : les engueulades de Paul et Mickey l’ont mis sous les projecteurs. Les camps n’ont pas bougé, eux, ils ont simplement gagné en masse, accumulé des sympathisants et des détracteurs, dans les mêmes proportions qu’initialement ; l’important étant la masse totale : il vaut mieux être aimé par 1000 personnes et détesté par 1000 autres, qu’être aimé par 100 en tout et pour tout. C’est la logique polémique. Toute bonne histoire est polémique, sinon elle n’est pas bonne.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Crédit image : Marmotte enchaînée

©Vindicateur, 03/2011