Jamel Debbouze ferait un grand critique de vin

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Qu’est-ce que la critique, sinon la tentative de convaincre autrui de… quelque chose. Jusqu’à présent la critique était sérieuse, parfois rigide, et infligeait son goût aux autres à coups de points. C’est terminé. L’expert ne se présente plus comme un expert, il est habillé comme un ado et se défend de chercher à convaincre qui que ce soit. Il tutoie, parle d’égal à égal. Il connaît son sujet mais digresse, plaisante, rebondit d’anecdotes en anecdotes. On est passé de la critique verticale à la critique horizontale… Mais le véritable atout du néo-critique, d’un Gary Vaynerchuk pour ne pas le citer, c’est qu’il fait du stand-up assis. Sa critique, c’est d’abord un show.

Buvons du vin 2.0

 

 »Le Vin 2.0 », journée de rencontres et d’échanges autour du vin qui s’est tenue hier mercredi 8 décembre à Paris, a vu pas mal d’acteurs du vin et d’Internet réunis à l’initiative de l’agence Vinternet. Des conférences, plein de tweets et du beau monde : de Jacques Berthomeau, vieux sage ès-Web, à Gary Vaynerchuk, partenaire de l’événement et véritable star dans le petit monde du vin/ternet.

 

Difficile de ne pas accrocher : Gary Vaynerchuk est doué et rodé comme un renard. Et son show, car c’en est un, déroule impeccablement. Beaucoup d’impro, d’une part parce qu’il ne connaît pas les vins qu’il goûte, et d’autre part parce qu’il fait intervenir le public, s’il y en a un. Il interpelle, il joue, et surtout il raconte une histoire. C’est du bien du  »story-telling », mais orienté  »stand-up » assis : une espèce de semi-improvisation, et un vrai show.

 

 

La tradition de la critique en flammes ?

 

Ce nouveau mode de la critique, sans élitisme implicite, sans  »verticalité », très accessible et au moins autant destiné au néophyte complet qu’à l’amateur plus avancé, met en danger toute la critique traditionnelle. Il n’y aura pas de retour en arrière.

 

En renouvelant le genre, Vaynerchuck cherche aussi à renouveler les consommateurs, à faire venir au vin  »ceux qui boivent de la bière et pensent que le vin c’est pour les femmelettes » (traduction approximative de pussies). De fait, les critiques guindés, ou en tout cas plus sérieux, ne correspondent pas à ce nouveau réservoir de consommateurs. Vaynerchuk et ceux qu’il inspire rendent ainsi has-been tout un pan de la critique (et tout un pan des consommateurs ?).

 

Pire, ils font ça à la vitesse de l’Internet, et ça risque de faire très mal : dans deux ou trois ans, la critique aura sans aucun doute un tout autre visage, y compris en France… Peut-être celui de Jamel Debbouze s’il se prend d’amour pour le vin ?

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 12/2010