Grand cru malade

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On ne va pas en faire un slam, depuis Paname. Mais les quilles ont aussi leur béquille. Des grands crus trop dare-dare, qui finissent en tartare. Et pour certains fûts issus de chênes, quelle peine… Mais les grands crus sont-ils vraiment malades, ou n’est-ce là qu’une pénible balade ?

Grand cru imposé

 

Imposé ? Il y a bien une imposition, un impôt grand cru. Deux petits mots comme une taxe, un supplément ; le vin sera plus cher. Normal, c’est un grand cru, du vin issu de raisins de noble extraction. Un terroir aux petits oignons, voyez-vous. Du grain respecté, bichonné. Mais une fois sur deux ce sont des fadaises (si, ce mot existe encore).

 

D’ailleurs, on trouve des  »grands crus » à 3.99€, notamment en période de foires aux vins. L’expression est devenue (a toujours été ?) un fourre-tout improbable, variant largement d’une région à l’autre (les grands crus de Saint-Emilion n’ont rien à voir avec les grands crus d’Alsace, et ainsi de suite). Cette indication est alors à peu près aussi significative que la mention  »élevé en fût de chêne ». Cela ne donne aucune réelle garantie quant à la qualité du vin. Récemment, le Languedoc a failli avoir ses  »grands crus », mais traduit en langue d’Oc ça donnait  »grand bordel » et ça n’est pas passé. Ouf, dit l’homme au chapeau. Ouf, dit l’homme à l’écharpe colorée.

 

 

Les grands crus ont-ils la classe ?

 

On peut alors vouloir se tourner vers les crus classés. Mais le cru classé est-il toujours grand, fût-il classé depuis 1855 ? Non plus, ce serait trop facile. C’est un peu comme la légion d’honneur, on la file un peu vite parfois. Ou on la garde un peu longtemps. Hallyday, pardon Laetitia, n’est pas Hugo.

 

Alors, non, le classement des crus n’est pas non plus le label impeccable qu’on espère. En vérité, on peut être certain qu’aucune forme de classement ou hiérarchie, qu’elle soit liée à l’appellation strictement, ou à son prolongement sous des terminologies flatteuses telles que  »grand cru » ou  »cru classé » ; être certain, oui, qu’aucune mention de la sorte n’est un gage suffisant, absolu, de qualité. Merde alors… Et qu’est-ce qu’on boit du coup ?

 

 

Grands Crus de Table

 

Puisqu’on ne peut pas se fier aux mentions d’ordre purement qualitatif, ni non plus aux appellations de ce point de vue, il faut peut-être se fier aux labels techniques… Comme le label AB (Agriculture Biologique) alors ? Eh, non plus, toujours pas, c’est une information partielle, elle ne concerne que le raisin. D’autres sont plus pointus, exigeants (Demeter, Biodyvin) mais est-ce suffisant pour foncer, tête baissée, verre dressé, à la seule vue du label ? Toujours pas… Cherchez pas, rien de certain sous le soleil du vin !

 

Alors, par tous les hectolitres, comment y voir clair, comment goûter juste ? Guides ou lancer de guides, revues, magazines, blogs, forums ? Débrouillez-vous, on ne va pas vous mâcher le vin dans la bouche… Et puis le but du jeu ce n’est peut-être pas de goûter juste, de tomber pile à chaque fois, mais surtout de savoir reconnaître quand  »c’est bon dans la bouche »¹.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 09/2010