Etes-vous néo-snob ?

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Existe-t-il un néo-snobisme du vin, qui consisterait à critiquer les grands crus, notamment bordelais, qualifiés de jus de planche taillés pour la spéculation, de grands vins… de menuisier ; et à leur préférer des vins dits d’auteur, moins chers, plus authentiques, enfin sincères ? Ou s’agit-il là d’une critique, fondée, à l’égard de ces crus qui auraient oublié de se remettre en question, et se cacheraient indéfiniment derrière leurs étiquettes ?

Les Bordeaux prennent cher

 

Les critiques fusent régulièrement à l’encontre des vins chers et prestigieux, ceux de Bordeaux en particulier. Grands crus et crus classés prennent cher. En effet, il y aurait un écart de plus en plus patent, fréquent, entre la qualité du vin et son prix. L’étiquette coûterait de plus en plus cher.

 

C’est également, et surtout peut-être, le rejet d’un certain classicisme. Les amateurs de vin, qui en goûtent beaucoup par définition, éprouvent une lassitude à l’égard de ces vins jugés toujours les mêmes. Des vins ou même le plaisir est uniforme – ce qui est bien plus grave, impardonnable, que d’y rencontrer ponctuellement des défauts.

 

Les  »grands » Bordeaux seraient donc sans surprise. Et, à côté, dans d’autres régions, d’autres pays, les bons vins se multiplient, qui vous mettent l’eau à la bouche, et le palais sur le cul. A des prix largement inférieurs.

 

C’est une grande claque en approche, en slow motion – on la voit venir de loin, pour ces vins luxueux. Ils jouent aujourd’hui la carte chinoise, et s’en tirent très bien… Pour combien de temps ? Il y a là un jeu de dupes évident, une fuite en avant. Mais l’horizon est un mur punk : no future !

 

 

Le salut par la biodynamie ?

 

Etonnamment (ou pas ?) les vins de Bordeaux dont on parle en bien, en mieux, dans les milieux d’amateurs avertis, sont pour la plupart désormais issus de la biodynamie : Pontet-Canet, Fonroque ou Clos Puy Arnaud, pour en citer quelques-uns.

 

Au-delà de ce choix d’une méthode de culture atypique (lire l’entretien d’Olivier Humbrecht au sujet de la biodynamie), il est probable que l’intérêt que suscitent ces domaines est surtout lié à ce qu’ils ont su se remettre en question. Mettre en question leur région. Et, accessoirement, au fait que leurs vins sont bons, originaux au sein de la galaxie bordelaise.

 

 

Le syndrome de la marmotte

 

Les racines classiques auxquelles s’accrochent encore, aveuglément, des milliers de châteaux bordelais, ont fait long feu. Effilochées jusqu’à n’être plus, souvent, qu’un simple argumentaire marketing. Pour l’anecdote, même les Bordeaux de la marque Pierre Chanau (Auchan) arborent la mention  »grand vin de Bordeaux ». Ce temps-là est complètement révolu. La moindre des choses est peut-être de s’en rendre compte ?

 

On peut aussi garder ses œillères scotchées aux tempes, et croire que la Chine, l’Inde et tout autre pays néophyte en matière de vin, boiront des Bordeaux hors de prix jusqu’à la fin des temps. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu…

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 01/2011