Du vin pour les punks

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Embourgeoisé, le vin ? Trop BCBG ? Peut-être le vin se déguste-t-il mieux en costume cravate ?

Grands châteaux, grands restaurants, grands critiques : tous figés, posant dans des attitudes pomponnées, affichant des sourires stricts, de belles façades, tout un packaging très raffiné… Est-ce là l’image qu’on doit fatalement associer aux grands vins ?

 

 

Grand cru, mon c…

 

Les Bordeaux supérieurs aimeraient être requalifiés en « Bordeaux 1er cru » (ça fait mieux, entendez : ça se vendrait mieux). A moins qu’on crée l’appellation de toutes pièces ? C’est à l’étude… Le dernier reclassement des grands crus de Saint-Emilion, qui a lieu tous les dix ans, a été annulé pour des raisons administratives – en vérité, parce que son résultat déplaisait à certains châteaux (lesquels, sans cette annulation, auraient été déclassés, d’où un manque à gagner d’environ 30 % selon une estimation). Nombre d’experts et d’amateurs s’entendent à penser que le terroir des Nuits-Saint-Georges 1er cru « Les Saint-Georges » vaut largement certains Grands Crus… A quoi donc tient un grand vin ? A son appellation, à son classement, à son prix ? Pas seulement, heureusement. Il existe d’ailleurs de grands vins… de table. Aujourd’hui, la hiérarchie des AOC est régulièrement bousculée par de talentueux vignerons qui savent mettre en valeur des terroirs et des appellations pourtant peu réputés. On trouve ainsi des vins géniaux un peu partout en France.

 

 

Mieux que la carafe, le piercing

 

Il y a des chapelles, des places fortes, qui font tout leur possible pour que le vin demeure une affaire d’happy few. Vendre cher, exporter beaucoup : quand le vin devient un business de luxe, il crame son âme. Le vin n’a pas besoin qu’on l’apprécie en costume. Peut-être même qu’avoir un piercing sur la lèvre ou la langue peut s’avérer utile à la dégustation ? Oxydant le vin à son entrée en bouche, et l’ouvrant mieux… Peut-être qu’un punk tatoué et piercé est finalement plus à même d’apprécier un bon vin qu’un type en costard ? Plus sérieusement, il faut sûrement chambouler l’image du « grand vin », trop associée aux châteaux et au prétendu raffinement d’une certaine clique. Il y a de grands vins réalisés par des vignerons crottés et bus par de jeunes punks… Souvent coincée entre les businessmen et les BCBG, l’image du vin a en tout cas besoin d’une bonne dose de sincérité et de naturel.

 

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

 

© Vindicateur, 08/2009