Du vin pour les clowns

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Les clowns ont un nez rouge, d’office, mais ce n’est pour ça qu’on a intitulé cet article ainsi… Le vin ne manque-t-il pas de clowns ? Casse-tête de terroirs, d’appellations, de cépages. Sans oublier les hommes et les femmes qui, lentement, font et accompagnent le vin. C’est complexe, c’est sérieux, le vin. Il en faut des études et des dégustations pour saisir les deux bouts de l’iceberg… Voilà la schizophrénie propre au vin, d’un côté ultra-compliqué et d’une belle complexité s’il vous plaît, de l’autre simple vecteur de légèreté et de convivialité.

Prix = complexité = anti-clown ?

 

Et si c’était la faute aux vins chers ? Justifierait-on le prix élevé de certains crus en adoptant des mines graves et pénétrées, en complexifiant outrageusement le rapport au vin ; des vins si raffinés, si complexes, que des ouvrages entiers leur sont consacrés ? Non, allez, c’est un très mauvais procès.

 

C’est d’abord la passion qui anime ces érudits du vin, qu’ils en soient les auteurs ou simplement amateurs ; tous ceux qui peuvent consacrer des pages et des pages ou des soirées entières à parler de leurs breuvages préférés, en détailler chaque goutte, comme un amant exalté le ferait de chaque centimètre carré de peau de sa maîtresse. Prenez Olivier Humbrecht, par exemple, qui décrit méticuleusement chacune de ses 40 cuvées, chaque année, depuis 20 ans, noircissant des pages et des pages… Et il voudrait nous faire croire que c’est pour informer ses revendeurs, qui n’ont pas forcément eu l’occasion de goûter les vins en question ! Comme un amoureux pris en flagrant délit de déclaration…

 

Le prix, l’argent, est ici secondaire. Le vin est complexe avant d’être cher (bien sûr, tous les vins chers ne sont pas d’une belle et adorable complexité – et ceux-là ne justifient plus leur prix élevé – mais c’est un autre débat).

 

 

Au comble du compliqué, il y a le fou rire

 

Les vins ébouriffants de complexité existent, soit, bien sûr. Pour autant y a-t-il la moindre raison d’être sérieux au vin – ou plutôt de ne pas être un clown ? Le vin, en tant que vecteur de plaisir et de convivialité, ne peut pas être si sérieux ; il doit avoir les méandres du rire, les claires franchises de la camaraderie, d’abord. Le vin le plus ébouriffant doit être aussi le plus rieur ; à vous filer, de plaisir, le fou rire.

 

Hubert de Montille est un vieux blagueur. Aubert de Villaine a-t-il de l’humour ? Sûrement. A l’ère d’Internet, Hervé Bizeul est un mitrailleur de smiley… Quant aux gens trop sérieux du vin, ils ne sont pas sérieux. Tous les vins sont des vins de copains.

 

 

Crédit illustration : Laurent Chimento

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 05/2010