Des vins pas très catholiques

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Le vin de messe, premier vin naturel… Selon différentes sources, le vin liturgique doit être  »pur, naturel, sans aucune adjonction pour ne pas corrompre le fruit, un vin du genre biologique ». Pas de sucre (chaptalisation), pas d’additif, du genre bio ? Aïe, les catholiques semblent bien être les premiers ayatollahs du vin naturel ! (Ça va relancer les baptêmes.)

Vin de messe, garanti naturel

 

On peut trouver son vin de messe sur des sites spécialisés. Et les vins en question sont  »garantis naturels » ; ce qui en soi ne signifie pas grand-chose. Mais si on creuse un peu, on nous explique que  »chez les catholiques, le vin de messe (ou vin liturgique) doit être naturel, sans ajout de substances aromatiques, d’alcool ou de conservateurs ». L’agriculture biologique n’est pas mentionnée, mais elle semble assez fortement implicite. Encouragée, au moins. Le code de droit canonique  »exige que le vin liturgique soit du vin naturel de raisins et non corrompu », et ainsi de suite.

 

OK, les ecclésiastes ne sont pas œnologues, techniciens pour un sou, et leur critères restent assez flous, mais la multiplication des indices, comme des petits pains, ne laissent que peu planer le doute : pur, naturel, sans ajout de sucre (chaptalisation) et sans additif… On se croirait à une réunion de l’Association des Vins Naturels !

 

 

Le débouché qui en bouche un coin

 

Voilà un marché auquel les vignerons  »naturels » n’avaient probablement pas songé (ne me remerciez pas !). Un marché titanesque, vaticanesque. A titre d’exemple, la seule population ecclésiastique italienne, composée de près de 30 000 religieux,  »consomme 800 000 litres de vin par année pendant les seuls offices. Ce vin est absorbé par petites gorgées de 35 millilitres en moyenne, soit par religieux 27.6 litres par an, exclusivement en vin de messe. »

 

Autre exemple, la Russie et son église orthodoxe très branchée Cahors, qui engloutit  »un million de bouteilles, pour 18 000 églises russes, importées directement du Lot » (même si le Kagor, une espèce de Cahors local, lui dispute le gosier des popes). Italie, Russie, ce ne sont que deux pays parmi d’autres… Si les vignerons naturels s’engouffraient dans cette brèche, ils auraient un débouché assuré, éternel.

 

 

Les Cathos, missionnaires du vin bio ?

 

Il faut rappeler enfin que le vin de messe a joué un grand rôle dans le développement de la viticulture mondiale :  »Les premiers vins furent élaborés par des missionnaires pour l’eucharistie en Amérique du Nord et du Sud. » Autant dire que les premiers vins étaient, par principe, naturels.

 

L’origine du vin, son essence même, ramènent donc sans cesse au vin naturel : où la symbolique de la pureté (le vin, qui est le sang du Christ, ne doit pas être corrompu, etc.) est réalisée à travers un vin propre, pur. Naturel. Les meilleurs donneurs de messes feraient d’ailleurs bien de se procurer le Clos du Curé, du Domaine Lisson, qui n’a jamais si bien porté son nom… Alors, convertis ?

 

 

Dogmatisé par Antonin Iommi-Amunategui

Photographie : Baldovino Barani

Source : Encyclopédie de la Vigne, du Vin et des Alcools

©Vindicateur, 06/2011

 

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