Pourquoi il faut boycotter  »Nicolas »

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Nicolas,  »leader incontesté de la distribution spécialisée de vins, champagnes et alcools ». Des  »Nicolas », il y en a 460 en France, 45 au Royaume-Uni et 7 en Belgique. Avec 1200 références de vin potentielles. Un vaste catalogue dans lequel chaque magasin puise sa sélection. Un catalogue forcément classique, avec de bonnes choses dans le lot, mais dont les références sont essentiellement les mêmes qu’en grande distribution… en plus cher ! Voilà donc des centaines de mini-hyper, déguisés en cavistes, et qui occupent leur habitat naturel. C’est mal, Nico.

La double-peine version vin

 

 »Nicolas » annonce en effet disposer de 1200 références : autant de vins qu’on retrouve, pour la plupart, en super ou en hypermarché. Et alors, docteur, c’est grave ? Et alors c’est systématiquement plus cher : jusqu’au double, on l’a vérifié, pour un Château Pape Clément 2004 à 114 € chez Nicolas contre environ 60 € au Leclerc d’en face ; une comparaison réalisée à Rouen, qui date un peu (2008) mais qu’on peut répéter à l’envi. Prenez un Château Fonroque 2007 par exemple : 33 € chez Nicolas, 20 € au Monoprix… Il y a bel et bien de bons vins dans la sélection de  »Nicolas » ; mais si on peut les trouver, pour beaucoup d’entre eux, à deux pas et deux fois moins cher, quel intérêt ? Aucun, zéro, nada.

 

Au-delà des différences de prix, qui peuvent relativement s’expliquer, le principal reproche que l’on adressera à l’enseigne, c’est de ne pas proposer la variété, la sélection souvent pointue d’un véritable caviste. C’est une espèce de double-peine version vin : vous payez plus cher un vin généralement assez courant.

 

 

Bernard l’Hermite du vin

 

Le plus grave, c’est que les 500  »Nicolas » occupent, tels des Bernard l’Hermite, l’espace naturel des cavistes indépendants. Ces petits commerces du vin dégustent en effet méchamment, coincés qu’ils sont entre les bulldozers de la Grande Distribution et les Canada Dry façon  »Nicolas » (ça en a la couleur, ça en a l’air, mais ce n’est pas un caviste).

 

Au fond, les  »Nicolas » et consorts doivent être perçus pour ce qu’ils sont : des dépanneurs, comme on dit au Québec ; des épiciers trop chers où l’on ne va que si on n’a pas le choix, vite fait, parce qu’il nous manque une brique de lait, ou une bouteille de vin en l’occurrence.

 

Mais quitte à choisir, le caviste indépendant est toujours plus intéressant, plus pertinent : il a une sélection unique, la sienne, avec des vins souvent méconnus, qu’il découvre et recommande personnellement. C’est bien là qu’on ira si on aime le vin.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 03/2011