Pauline Vauthier, 25 ans, fille et principale collaboratrice d’Alain Vauthier, propriétaire de Château Ausone, a répondu à nos questions au terme d’une dégustation aux Caves Legrand, à Paris. Un entretien bref et concentré.

Rappelons que Château Ausone est, avec Cheval Blanc, l’un des deux seuls Premiers Grands Crus Classés ‘A’ de Saint-Emilion ; il est considéré par beaucoup de commentateurs comme étant le meilleur, le fleuron de cette grande appellation de la rive droite du Bordelais. Ausone produit peu (3 à 4000 caisses par millésime) et atteint des prix très élevés (le 2005 ne se trouve pas à moins de 2000 € la bouteille). Tout est d’ailleurs vendu à l’avance, par allocations, dès les primeurs. Un vin rare et précieux ; Pauline Vauthier se montrant quant à elle simple et accessible.

 

 

Vindicateur : Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

 

Pauline Vauthier : J’ai un BTS en viticulture œnologie et je travaille sur Ausone depuis le millésime 2005.

 

 

: Votre millésime préféré d’Ausone à ce jour, à vous-même et à votre père ?

 

PV : Pour moi, Ausone 1959, que j’ai goûté en Corée… Mon père, lui, place le 1982 en tête. A noter que le plus vieux millésime encore disponible au Château est 1849. En revanche, le 1947 qui a été servi lors de cette dégustation [aux Caves Legrand, NdlR] ne l’est plus.

 

 

V : Comment décririez-vous vos rapports professionnels avec votre père, Alain Vauthier ?

 

PV : Au-delà de nos goûts respectifs, qui diffèrent parfois, mon père et moi nous entendons bien et sommes d’accord sur à peu près tous les sujets. En deux mots, nous refusons de nous reposer sur nos lauriers et essayons de faire en sorte d’avancer, un peu, à chaque nouveau millésime.

 

 

: Où vous situez-vous par rapport à la Biodynamie ?

 

PV : Nous avons fait des essais en Biodynamie sur deux millésimes, avec une parcelle témoin, de manière à pouvoir comparer les raisins élevés en Biodynamie par rapport aux autres. Je n’ai pas vu de différence notable ; mais nous manquons peut-être de recul.

 

En tout cas, c’est assez contraignant. Par exemple, le fait de devoir pratiquer certains traitements à des horaires précis, comme minuit ou quatre heures du matin… Les premières fois c’est amusant, ensuite nettement moins.

 

Cela dit, j’ai pu constater que certaines préparations biodynamiques étaient tout à fait efficaces, la tisane d’osier contre le mildiou par exemple. A noter que nous avons rencontré Nicolas Joly, de la Coulée de Serrant, qui nous a livré quelques conseils.

 

 

: Et l’agriculture biologique ?

 

PV : On ne le sait pas forcément, mais nous travaillons beaucoup en bio sur Ausone : 2009 aura ainsi connu 12 traitements à la vigne, dont 11 en bio… C’est une direction que nous empruntons sans hésiter. Je pense même que les autres traitements – le chimique pur et dur – seront un jour ou l’autre interdits. D’ailleurs, hormis quelques entêtés, tous les Premiers [premiers grands crus classés du Bordelais, NdlR] ont aujourd’hui une démarche bio plus ou moins impliquée. L’avenir est au bio.

 

 

: Vous nous avez appris l’existence d’un club des Premiers grands crus, où va votre préférence concernant les Premiers de la rive gauche ?

 

PV : Je dirais Latour. C’est vraiment quelque chose.

 

 

: Et Ausone 2009, meilleur que le 2005 ?

 

PV : Non, je dirais que 2005 reste supérieur, plus puissant… Mais 2009 sera très beau.

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 02/2010