Vin naturel et homophobie

Pourquoi il faut donner des fessées (au vin)
septembre 20, 2017
Damien Bonnet :  »On s’est aperçu que les meilleurs vins étaient les moins trafiqués »
septembre 20, 2017

Le vin naturel, cette minorité surmédiatisée et régulièrement stigmatisée : ça vous rappelle quelque chose ? Le vin naturel, victime d’homophobie ? C’est exagéré, mais c’est d’actualité. Et un bon prétexte pour se la jouer didactique sur le sujet – je parle du vin – une fois de plus. Le vin naturel, ce n’est pas sale (ou si peu, et c’est bon).

 »Vins de terroirs et de millésimes »

Pour partir de haut, je citerai le vigneron Mathieu Lapierre, lequel, à l’expression  »vins naturels », préfère celle de  »vins de terroirs et de millésimes ».

Il faut cependant admettre que cette dernière expression est un peu longue ; mais ça en dit long aussi sur les objectifs de celles et ceux qui font  »ces vins-là » : il s’agit de faire du vin à partir de ce que la nature leur donne. On ne triche pas, on ne rectifie pas, on ne force pas, on fait un vin chaque année singulier, intègre, à partir de raisins sains et de presque rien d’autre (un peu de sulfites, éventuellement).

Les sulfites, tiens, attardons-nous un instant sur ce point. Les sulfites, le soufre, c’est l’arbre qui cache la forêt : tous les démolisseurs du vin naturel l’attaquent en priorité sous cet angle. Comme si ça résumait la différence entre les vins naturels et les autres. Il n’y a rien de plus inexact ou incomplet. C’est bancal, zéro, recalé.

On reprend : le vin naturel est BIO et ARTISANAL, il est conçu à partir de LEVURES INDIGENES, il n’est pas modifié par une quelconque CHIMIE DE SYNTHESE ni par quelque TECHNIQUE VIOLENTE que ce soit. Et, attention les yeux, il s’autorise éventuellement l’ajout d’un peu de SULFITES (si l’on s’en tient à la seule définition existante). En général, les vignerons s’efforcent d’en mettre le moins possible, bien sûr, mais ils ne se l’interdisent pas complétement le plus souvent.

En somme, attaquer les vins naturels sur cette question du soufre est, soit intellectuellement malhonnête, soit la démonstration d’une ignorance ou d’un mépris du sujet. Je pencherais pour le mépris.

 

Mariage et vin pour tous

Polémiques et joutes de coqs à part, c’est dommage ; dommage de rejeter de cette façon, inique, obsolète, un mouvement minoritaire (et voué à le rester, n’ayez crainte, ce vin n’étant, par principe, pas industrialisable) et qui apporte d’autant plus au monde du vin qu’il est, c’est vrai, surmédiatisé : parce qu’en effet, quand les médias parlent du vin naturel, est-ce qu’ils ne parlent pas, d’abord, avant tout, du vin ?

Tous les détracteurs de la loi Evin – soit 99.9% des gens du vin – ne devraient-ils pas prendre un instant pour réfléchir à ça, et in fine s’en féliciter, plutôt que de tabasser ces quelques centaines de vignerons (pour la France) dont ils n’aiment pas les vins (qu’ils connaissent peu ou mal la plupart du temps) ?

Mais oui, mariage pour tous dans le vin aussi ! Un café et l’addition, merci. Et pour les vins de mariage, on ira voir chez Eva ou dans mon autre maison… Au fait, l’homosexualité, c’est naturel aussi.

 

Antonin Iommi-Amunategui

Illustration :  »Le grand jour », par Baudry

©Vindicateur, 04/2013