Tu sais ce qu’il te dit, le vin nature ?

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Il te dit pareil que le cassis ! Le vin va de A à Z, mais trop de messieurs (et quelques dames ?) confortablement installés dans leurs certitudes ont mis plusieurs lettres, N-A-T-U-R-E, au ban de l’alphabet. Au coin, comme les ânes… Odeur oblige ? Et pourquoi, par quelle espèce d’ahurissant procédé intellectuel, les vins seraient-ils exclusifs les uns des autres ? Non, ils peuvent cohabiter. On peut aimer les vins  »naturels » (qui englobent les vins  »nature ») et aimer les  »grands vins » (sic). On peut aimer des vins de tous bords, pourvu qu’on fasse preuve d’un peu d’honnêteté… Les postures idéologiques de certains gaillards du vin ont leur place au Grévin. Passez au level suivant, les gars. Vous perdez votre temps. Et nous faites surtout perdre le nôtre, à vous expliquer sans cesse les mêmes choses… Bon, allez, je m’y recolle. Mais lisez attentivement, c’est la dernière fois*.

Vive les jus d’évier ?

 

La triste idéologie du vin naturel… Voilà, en version ramassée, la grosse attaque au mortier de ses détracteurs. Rappelons d’abord que le vin naturel (qui englobe le vin  »nature »), ce sont tous ces vins dont les raisins et le moût n’ont connu aucun produit ou pratique œnologique moderne, correctrice. Rien hormis des traitements bio à la vigne, et éventuellement de faibles quantités de sulfites au chai ou à la mise (c’est d’ailleurs la différence généralement admise entre les vins  »nature », sans sulfites ajoutés, et les vins  »naturels », qui s’en autorisent un peu, suivant par exemple une charte associative).

 

Et ces vins, selon leurs détracteurs, seraient donc idéologiques avant tout. Surtout avant d’être bon. Merde alors. On boirait des idées, sans tenir compte du goût ? Parce que, vous comprenez, le bon goût c’est trop bourgeois… Alors vive les jus d’évier !

 

Oh là, stop. Minute, papillon. Si les vins  »nature » étaient tous dégueulasses, personne ne les défendrait. Personne ne les ferait, d’ailleurs. Certains sont bons, d’autres moins. Certains jours ils goûtent bien, d’autres jours moins. Et, attention, ouvrez bien vos écoutilles : c’est pareil pour tous les vins. Y compris les  »grands vins » (grandes appellations, grands crus, grands vignerons, grands ceci, grands cela).

 

Alors qu’on arrête de nous bassiner avec ces histoires de buveurs d’idées. Le vin, ça doit être bon dans la bouche. Même pour un ultra-gauchiste, même pour un néo-nazi… Les idées existent, certes, mais on les distingue bien du goût. Tous autant que nous sommes.

 

 

Le faux-procès des vins nature

 

Des idées dans le vin, il y en a. Dans tous les vins. Y compris dans ceux qui prétendent n’en avoir aucune. Parce qu’il y a toujours des hommes et des femmes derrière, qui cherchent à faire un bon vin. Et cette notion de  »bon » a un sacré paquet de définitions différentes, parfois curieuses… Mais c’est faire là le constat d’une richesse, pas d’un problème.

 

On devrait en effet trouver passionnant qu’il y ait des vins  »nature » et des  »grands crus », que le vin soit si vaste, étendu… Le vin est simplement à notre image, compliqué.

 

Aussi, faire le procès des vins  »nature » au prétexte qu’ils seraient, eux, idéologiques est une faute intellectuelle. Sauf peut-être si on se place du point de vue idéologique, précisément, et qu’on veut combattre les idées associées au vin  »nature », en leur préférant celles associées aux  »grands crus », par exemple. Mais ce n’est jamais présenté ainsi, alors qu’il s’agit bien de ça le plus souvent : des débats d’idées.

 

Un vin  »nature » correspond en fait à une réalité technique assez précise, et les idées derrière ce sont souvent ses détracteurs qui les y collent (en le taxant généralement de vin d’écolo-terroiristo-gaucho-bobo). C’est le jeu… On a ainsi tendance à régulièrement stigmatiser les vins  »nature » ou  »naturels », et à laisser penser que les  »grands vins », eux, sont au-dessus de tout ça. Au-dessus de la mêlée. Ce qui est faux. L’idée dominante oublie vite qu’elle est d’abord une idée, comme l’a soufflé le Sean Connery du vignoble au hasard d’une conversation.

 

En effet, tous les vignerons/propriétaires ont des idées, et ils les appliquent à travers les choix qu’ils font pour faire (ou faire faire) leurs vins. Ils visent le meilleur, oui, mais selon leurs critères, leurs idées… C’est très humain. Et très normal parce que le vin, ce n’est pas une carotte ou un navet. D’ailleurs, les idées ce n’est pas sale. C’est même l’âme du vin, pas moins.

 

 

Bagarre nécessaire ?

 

En somme, on peut déplorer que les casseurs de vin  »nature » répètent à l’envi que ceux qui les aiment, les défendent par principe, par idéologie, et non pas par goût, pour le plaisir qu’ils en retirent. Ce sont autant de procès d’intention, qui permettent de stigmatiser une catégorie (globalement fantasmée) d’amateurs et de faiseurs… C’est dommage.

 

Mais c’est drôle aussi, ça occupe le bas-ventre des blogs, ici ou là ! Sans sujets de discorde, les différents commentateurs finiraient par s’ennuyer… Et, plus sérieusement, on constate que ce genre de rivalités (supposées, fantasmées ou réelles) permet régulièrement au vin de mettre un pied dans la presse généraliste, qui aime plutôt bien quand ça castagne… Donc, soit, continuez la bagarre ! Si ça se trouve c’est bon pour le vin.

 

*: Mensonge grossier !

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Petit Pimousse, chez Coup de Vieux

©Vindicateur, 01/2012