Parker a-t-il perdu son pif ?

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Lors d’une dégustation de 15 premiers et grands crus du Bordelais, tous issus du millésime 2005, Robert Parker s’est complètement ramassé : il a confondu les appellations, les cépages, les châteaux et a estimé différemment les vins au regard de ses notes publiées, donnant sa préférence au vin qu’il avait initialement le moins aimé.

A l’initiative de l’Executive Wine Seminars, et pour la modique somme de 795 $, une centaine de personnes se sont réunies le 30 septembre dernier dans un hôtel de New-York pour prendre part à une dégustation semi-aveugle : les vins étaient servis à l’aveugle mais la liste des différents crus était connue à l’avance. L’attraction, hormis les vins fameux, résidait dans la présence, parmi les convives, de Robert Parker.

 

Nous avions déjà évoqué cet épisode dans un précédent article (Faut-il mettre Bettane et Parker à la retraite) et après avoir mené une petite enquête, qui nous a conduits du Languedoc à la Belgique, en passant par la Provence, nous avons fini par identifier une source fiable (peut-être aurions-nous dû passer par Google, pour plus de rapidité).

 

C’est le site américain Dr Vino qui relate en effet cette dégustation de grands Bordeaux 2005, via plusieurs témoins directs, au cours de laquelle Parker a bien trébuché non pas sur un, ni deux, ni trois, mais sur à peu près tous les vins proposés.

 

15 vins furent servis : Angelus (98) • Cos d’Estournel (98) • Ducru Beaucaillou (97) • Haut Brion (98) • Lafite Rothschild (96+) • La Mission Haut Brion (97) • Larcis Ducasse (98) • Latour (96+) • L’Eglise Clinet (100) • Margaux (98+) • Montrose (95) • Pape Clement (98) • Pavie (98+) • Le Gay (95) • Troplong Mondot (99). Tous dans le déjà mythique millésime 2005 et tous ayant reçu des notes de Parker égales ou supérieures à 95 (voir ses notes entre parenthèses).

 

 

Parker et les merlots pas francs

 

Au cours de la dégustation, Parker a confondu Angelus (Saint-Emilion) avec Pape Clément (Pessac-Léognan), L’Eglise-Clinet (Pomerol) avec Cos d’Estournel (Saint-Estèphe), Le Gay (Pomerol) avec Château Margaux (Margaux) ou encore reconnu Lafite-Rothschild (Pauillac) en Troplong-Mondot (Saint-Emilion). Des confusions franchement dures à avaler pour un critique de son gabarit, entre des vins a priori très différents, issus de terroirs remarquables, de la rive droite comme de la rive gauche, avec des assemblages de merlots et de cabernets plus que contrastés…

 

Parker enfonça enfin le clou en annonçant que son vin préféré lors de cette dégustation avait été le n°9, qu’il pensait être Château Margaux – en réalité Le Gay, autrement dit ce Pomerol qu’il avait à l’origine le moins bien noté sur la quinzaine des vins présentés ce soir-là (95/100, la plupart des autres ayant reçu de lui des notes allant de 98 à 100/100). Un vin, soit dit en passant, dix fois moins cher que Margaux.

 

 

Que pasa, Parker ?

 

Différentes hypothèses ont été avancées par les commentateurs pour expliquer cette rafale de défaillances :

 

Parker a passé les 60 ans et son palais est moins habile, il a les labiales fatiguées et les naseaux roussis.

 

Les grands et premiers crus du Bordelais finissent par tous se ressembler à force de vouloir plaire… à Parker. En outre, 2005 est un millésime hors normes.

 

Un vin n’est pas le même d’un jour sur l’autre, d’une bouteille à l’autre : chaque dégustation est une nouvelle rencontre et toute critique est forcément ponctuelle, relative.

 

Parker n’est qu’un hombre. Un homme qui, tout grand connaisseur qu’il est, sera susceptible de se tromper, voire, en l’occurrence, de se planter carrément. Petit hic ici : il s’est lui-même il y a quelques années tressé de puissants lauriers, mettant en avant son Million Dollar Nose, et expliquant qu’il se  »rappelait tous les vins qu’il avait goûtés ces trente-deux dernières années », et des notes qu’il leur avait données,  »à quelques points près ».

 

N’importe qui aurait pu commettre les mêmes erreurs ; le fait qu’il s’agisse du critique le plus célèbre au monde n’est pas anodin. Mais cet épisode, en vérité plus cocasse qu’instructif, ne peut avoir qu’une seule forme d’épilogue : les avis de Parker, ses notes, ne sont évidemment pas fiables aveuglément, comme celles et ceux de n’importe quel autre critique – il faut recouper, comparer avec d’autres, et si possible se faire son propre avis (ce qui n’est pas gagné concernant les vins mentionnés plus haut, on en conviendra, étant donné leur prix).

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 11/2009