Les vins naturels sont-ils de gauche ?

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Il aurait pu s’agir d’une enquête, aboutissant à une synthèse, mais celle que nous avons menée n’a pas eu suffisamment de retours pour affirmer, enfin, quoi que ce soit. Néanmoins, les réponses obtenues vont toutes ou presque dans le même sens : les vins  »naturels » (raisins bio, levures indigènes, aucun intrant à l’exception de faibles doses de sulfites) semblent souvent conçus par des vignerons ayant des convictions politiques et une sensibilité de gauche.

Message in a bottle

 

Nous sommes partis du postulat que le courant des  »vins naturels » était, notamment, l’expression de convictions politiques. Autrement dit, qu’on faisait rarement du vin  »naturel » suivant les seuls critères de qualité ou de goût, mais qu’il s’agissait aussi pour le vigneron d’être en adéquation avec des idées, d’appliquer à la viticulture un engagement plus personnel.

 

On peut d’ailleurs considérer ici un instant le tollé que soulève régulièrement ce courant, les critiques parfois très violentes qu’il s’attire, qui ne sont pas toujours liées aux vins eux-mêmes – mais bien souvent aux idées qui s’expriment à travers eux (ou qu’on leur attribue, la nuance n’est pas anodine). Le débat devient alors plus idéologique qu’œnologique. De même, certains défenseurs des vins naturels peuvent tenir des propos agressifs et porter ainsi préjudice à la cause qu’ils prétendent défendre.

 

En termes de méthodologie, nous avons posé deux questions délibérément orientées aux vigneron-ne-s :

#1 – Vos opinions politiques ont-elles influencé votre manière de faire du vin ?

#2 – Etes-vous de gauche ? [NB : pas dans le cadre d’un parti politique en particulier, mais de sensibilité générale]

 

 

De gauche, naturellement ?

 

A partir des retours obtenus, bien qu’en effet insuffisants pour produire une synthèse digne de ce nom, il paraît évident que ce courant de la viticulture amène à lui des hommes et des femmes de conviction. Politiquement, souvent de gauche. La décroissance est parfois évoquée. Les questions environnementales le sont presque systématiquement.

 

Il semble bien qu’en général on ne fasse pas de vin  »naturel » par hasard, mais plutôt comme le prolongement d’opinions qui débordent le cadre de la viticulture. D’ailleurs, l’un des rares vignerons à ne pas avoir répondu par l’affirmative à la seconde question (êtes-vous de gauche ?) a indiqué, amusé, avoir l’impression d’être un  »extra-terrestre ».

 

Les hommes et les femmes des vins naturels seraient donc, dans leur grande majorité, des hommes et des femmes de gauche, exprimant leur idéal politique – bien dissocié de tout parti – à travers leur travail, leurs vins. Parfois même, le cheminement est inverse : c’est faire des vins  »naturels » qui a influencé le vigneron et déteint sur ses opinions politiques.

 

 

« Mes opinions politiques ont influencé ma manière de faire du vin »

 

Les vins naturels sont conçus dans le respect de certaines idées fortes, souvent politiques, et l’ensemble présente une cohérence indéniable. Le problème, si problème il y a, peut davantage se situer dans l’œil des observateurs, commentateurs et critiques en tous genres. Que vont-ils considérer en effet : les vins, les idées, ou les deux ?

 

On entend tout au sujet des vins  »naturels » :  »vins de bobos » (le bobo est urbain et de gauche, d’une gauche caviar crasseux),  »vins de bistros parisiens » (le bistro parisien est souvent de gauche, et de toute façon c’est un bistro de bobos),  »secte » ou  »chapelle » (les amateurs de vins naturels seraient des illuminés, enfermés dans un dogme absurde),  »vins qui puent et qui piquent » (ici, la critique est semble-t-il strictement organoleptique – mais le doute est déjà installé : n’est-ce pas aussi un moyen détourné, habile, de critiquer les idées qu’on associe au vin naturel ?).

 

Plus sérieusement, il est peut-être naïf ou illusoire de vouloir dissocier le choix d’une méthode culturale d’un véritable choix de société – et donc d’un choix politique. On citera, pour illustrer ce dernier point, la réponse d’un vigneron :  »Evidemment que mes opinions politiques ont influencé ma manière de faire du vin, pour plusieurs raisons : la responsabilité écologique en tant qu’agriculteur, la capacité à vivre sur de petites surfaces agricoles, l’indépendance d’esprit qu’exige le vin naturel et l’indépendance économique que cette mouvance représente (…) en-dehors des circuits de distribution traditionnels (négoce, GD). »

 

 

En guise de dernier verre

 

Alors, oui, tous les vins sont politiques. Et chaque bouteille est un bulletin de vote. A la différence près, notable, qu’on peut voter autant de fois et pour tous les partis qu’on veut… On passe donc son temps à retourner sa veste ?

 

 

Pour en savoir plus sur les vins naturels : l’Association des Vins Naturels.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 11/2010