Le vin manque-t-il de jeunes cons ?

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Le vin manque peut-être de jeunes cons… Non qu’il y ait trop de vieux cons – mais les jeunes cons idéalistes, éclatants de naïveté, y en a-t-il suffisamment ? Si le vin fait rêver, où sont donc ces légions de jeunes gens pleins d’idéaux, qui s’agitent et s’énervent dans des débats toujours renouvelés : où sont-ils, où sommes-nous, petits cons pleins d’assurance qui refaisons, sans cesse, le monde… du vin ?

Le vin triste

 

L’absence frappante de ces jeunes gens est-elle signe que le vin est trop dans les clous, trop classique, trop assoupi – ou le vin n’est-il pas, en soi, une nourriture adaptée aux jeunes esprits révoltés ? Pire, le vin est-il carrément entre les mains des centristes de la pensée, dont les principaux (seuls ?) combats consistent à dénoncer les  »hygiénistes » et à défendre les  »valeurs » de la bon-vivance ? C’est insuffisant.

 

Non, le bateau a besoin de plus d’ivresse, de bien plus de gîte que ça, pour attirer les jeunes cons idéalistes, qui en l’état doivent trouver bien triste, bien quelconque, ce monde qui est pourtant à la croisée de chemins furieusement intéressants : culture liquide, agriculture engagée, pure convivialité potentielle, alcool sublimé… Résumer tout cela en pauvres lieux communs, saupoudrés de gros grains de business ? Quelle idée.

 

 

Le vin tardif

 

Peut-être que le vin n’intéresse pas la tranche d’âge du jeune con, qui, lorsqu’il finira par s’y intéresser, aura remisé, depuis quelques années déjà, ses idéaux et son ingénuité au placard. Quand à 28 ou 30 ans il sera séduit par le vin, ses idées seront souvent déjà largement engrossées par la société, qu’il aura alors acceptée dans ses grandes lignes. Et sans rébellion, point de jeunes cons.

 

 

Aux vieux cons à faire le boulot ?

 

Il est des vieux cons rebelles, des non-alignés qui devraient peut-être faire le boulot, vulgariser et transmettre ce qu’ils ont conservé de leur furie aux jeunes générations : car le vin n’est qu’un prétexte à une transmission d’ordre politique. Le vin peut figurer une forme de pensée libre, il peut incarner (liquéfier) une forme d’engagement au monde, à l’environnement comme à l’humanité.

 

Le vin, enfin, est susceptible d’être cette arme intelligente : vieille comme un silex taillé (le mot  »vin » apparaît 102 fois dans la Bible) et pourtant renouvelée à chaque millésime, à chaque installation de néo-vigneron. Mais il ne doit surtout pas être un simple instrument de lieux communs et de business, comme n’importe quelle autre marchandise.

 

Pour finir, on mesurera peut-être la qualité des idéologies viniques au nombre de jeunes cons qui s’en mêlent… A date, il doit y en avoir au moins douze et demi ?

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 10/2010