Edonys, une télé du vin en France ?

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Un projet de télévision entièrement consacrée au vin a vu le jour : Edonys. La chaîne devrait être accessible sur le Web, le câble et le satellite, d’ici fin 2010, avec un abonnement mensuel de 6.30 €. Jean-Michel Peyronnet, longtemps rédacteur en chef de la Revue Vinicole Internationale, en est le directeur éditorial. Emmanuel Delmas, sommelier, consultant et wine-trotter, participe également à l’aventure. Tous deux répondent à nos questions.

VindicateurComment qualifieriez-vous Edonys : média classique, avant-gardiste ou engagé ? Autrement ?

 

Jean-Michel Peyronnet : Edonys sera la chaîne de tous les vins. Ni élitisme, ni misérabilisme. Oui, les grands vins mythiques y seront présentés. Ils sont produits de culture, de tradition et de rêve. Mais il existe des vins à 5 € d’un excellent rapport qualité-prix. Rappelons qu’en France, la somme moyenne dépensée pour une bouteille de vin se situe aux alentours de 2.80 €. Alors la Romanée-Conti, oui, mais J.-P. Chenet, première marque de vin français à l’export, oui également. Il n’y a pas de vin illégitime. Bien entendu, nous relaierons les nouvelles tendances de consommation, notamment le bio. Quant à l’engagement, si nous ne tiendrons pas de discours militants, le simple fait d’exister peut être considéré comme un acte de résistance à l’hygiénisme ambiant et à la désinformation pratiquée par les lobbies anti-alcool en France. Notre philosophie : le vin plaisir, le vin culture.

 

 

VindicateurA ce jour, le CSA autorise Edonys à condition qu’on n’y voie  »ni bouteille ni dégustation ». Vous lui adressez donc un  »gentil bras d’honneur » en annonçant que vous émettrez si besoin depuis le Luxembourg, mais n’y a-t-il vraiment aucun moyen de rentrer dans le cadre du CSA sans rogner sur votre programmation ?

 

Jean-Michel Peyronnet : Nous constatons, pour le regretter, que le vin est interdit de séjour à la télévision française. Ce que le CSA nous propose, c’est de parler du vin… sans en parler. Sans le déguster, sans l’associer au plaisir, sans citer de marque, entre autres. Notre cheval de bataille, c’est de faire évoluer la réglementation vers davantage de souplesse. Les producteurs de vin, les acteurs de la filière et tous les amoureux du vin en ont assez d’être montrés du doigt. Le vin, produit depuis 7 000 ans, est une boisson de haute culture ! Nous travaillons donc avec un groupe de sénateurs à cette nécessaire évolution. Mais elle ne se fera pas en un jour… Nous reviendrons volontiers en France si nous ne sommes pas bâillonnés. En attendant, nous installons Edonys au Luxembourg, la réglementation européenne nous permettant de parler du vin comme nous l’entendons et d’émettre en France. Il ne s’agit donc pas d’adresser un bras d’honneur au CSA, encore moins d’engager un bras de fer, mais de restaurer l’image du vin dans un pays qui reste la référence mondiale en la matière. L’hygiénisme infantilisant, ça suffit !

 

 

VindicateurEdonys fera-t-elle d’ailleurs preuve d’une réelle audace éditoriale ? Votre programmation annonce notamment des  »débats sur les thèmes majeurs de la filière », jusqu’où irez-vous ? Irez-vous jusqu’à par exemple jusqu’à prendre parti, quitte à déplaire à une partie de la filière et des consommateurs ?

 

Jean-Michel Peyronnet : Edonys n’a pas à prendre parti, mais, en matière de débats, nous permettrons à tous les points de vue de s’exprimer. En tout cas, si audace éditoriale il y a, nous serons vigilants à ne pas donner des armes aux  »ayatollahs » prohibitionnistes, ni à participer à un quelconque dénigrement du vin. Suffisamment nombreux sont ceux qui s’en chargent, à grand renfort d’argent public et à l’aide d’études bidonnées. Sans parler de certaines émissions, comme récemment sur Envoyé Spécial, qui pratiquent la désinformation sur le vin, sans que le CSA, d’ailleurs, y trouve à redire. Plaire, déplaire ? On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est bien connu, mais ce n’est pas notre obsession. Montrer les gens qui font le vin, leur passion, leur savoir-faire, permettre aux jeunes vignerons d’émerger et aux plus anciens de nous livrer leur mémoire, montrer les vignobles et le patrimoine qui leur est lié, aller voir dans les vignobles étrangers comment on procède, faire déguster – en direct et de façon interactive – à des experts, mais aussi à des consommateurs lambda nos vins coups de cœur, voilà les grandes lignes de notre projet éditorial, qui se complètera au fur et à mesure de notre développement. Je rappelle qu’Edonys est une chaîne internationale, qui émettra dans un premier temps sur l’Europe francophone, puis dans toute l’Europe (bilingue français-anglais), enfin, à l’horizon 2015, dans le reste du monde.

 

 

VindicateurVotre grille de programmes (magazines, docs, fictions, télé-achats…) est large et semble couvrir tous les aspects de la question ; mais vous annoncez également des  »surprises », pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Jean-Michel Peyronnet : Par définition, une surprise doit rester une surprise. Disons juste qu’un programme de type télé-réalité (intelligent et convivial, bien sûr) permettra à nos téléspectateurs de gagner de l’argent…

 

 

VindicateurQuelques figures connues parmi les présentateurs et animateurs de Edonys ?

 

Jean-Michel Peyronnet : Actuellement nous prenons contact avec toutes celles et tous ceux qui nous sollicitent, et ils sont nombreux, et aussi avec d’autres, mais rien n’est véritablement tranché en matière de collaborations et de partenariats.

 

 

VindicateurEmmanuel, vous allez collaborer à la chaîne Edonys, mais quel sera votre rôle, animerez-vous une émission, une chronique ?

 

Emmanuel Delmas : Un de mes rôles sera de participer à la conception des émissions et des programmes. Il est également prévu que j’anime quelques rubriques, tout en sachant que la chaîne est avant tout consacrée aux vins et aux vignerons.

 

Edonys, me permettra de relayer les valeurs propres au vin que je partage déjà sur mon blog. Nous voulons faire prendre conscience que le vin est avant tout source de plaisir, de partage et de convivialité. Le bon vin, le vrai bon vin, apporte du bonheur. Ces valeurs de plaisir doivent transpirer à travers Edonys. J’ai toujours espéré faire partie de ceux qui sauront  »rendre le vin accessible à tous ». Quelque chose me dit qu’avec Edonys, le moment est peut-être arrivé.

 

Mettre en avant le vin et les vignerons : c’est ce que nous souhaitons, afin de mettre en lumière leur travail, qui réclame passion, savoir-faire, humilité… Edonys doit permettre de recréer ou même de renouer le lien, entre les vignerons, qui se sentent isolés, voire diabolisés, et les consommateurs, désorientés. C’est pourquoi, j’ai tout de suite adhéré à ce projet.

 

Notre objectif : insuffler un vent de dynamisme à une filière qui a vraiment besoin de se sentir épaulée, et donner aux consommateurs les outils qu’ils réclament pour mieux comprendre les subtilités du vin. C’est à travers ce souci permanent qu’Edonys travaillera à rendre le vin accessible, en proposant des programmes variés, ludiques, instructifs et constructifs. Rien ne sera figé, bien entendu, et la chaîne saura évoluer dans le souci permanent de procurer du plaisir à ses abonnés.

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 02/2010