Des vins à 5 € dans un palace

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Une dégustation était organisée ce matin par l’enseigne de grande distribution E. Leclerc, qui s’est offert pour l’occasion le bar du Plaza Athénée, uber palace parisien à deux pas des Champs-Elysées. Y étaient conviés pros, semis-pros ou blogueurs, pour goûter la sélection dite des  »Incroyables E. Leclerc » : soit 41 vins à partir de 5 € et présentés comme étant d’un très bon rapport qualité prix. Une Porsche noire, carrossée comme la Batmobile, est garée devant l’entrée du palace…

Leclerc dans un palace ?

 

Leclerc a les moyens de ses ambitions : sûr de son fait, il met la main à la poche pour mettre au mieux en valeur ses  »incroyables ». Le cadre est donc très prestigieux, les serveurs mieux habillés que vous, le tout formant un contraste probablement voulu avec les vins proposés, dont une majorité sera vendue entre 5 et 7 € dans les linéaires. C’est ce contraste, ce décalage, qui rend peut-être l’opération intéressante.

 

On goûte les vins : 1 rosé, 5 blancs et le restant de rouges, millésimes 2007 à 2009. Les rouges sont tous à température ambiante et donc un peu chauds. Quelques-uns sont plutôt bons. Le rosé, rafraichi, est un peu plus que plaisant, avec une longueur longue, grasse juste ce qu’il faut. Un Rully parmi les blancs déroule bien ses effluves, en roue libre. Une sélection assez correcte dans l’ensemble, un rien impersonnelle, mais pour les rouges la température de service n’aide pas.

 

Clou de la matinée : une dégustation à l’aveugle censée démontrer que les meilleurs  »incroyables » valent des premiers grands crus classés…

 

 

Faut-il croire aux incroyables ?

 

Si l’enseigne avait appelé l’opération les  »pas mal », on signait, mais  »incroyable » c’est un peu fort de tanin. Quelques vins sans doute sortent du lot, et sont d’un bon rapport prix plaisir. On n’en citera un, rouge : le Beaujolais-Villages 2009 du domaine Jean-Charles Pivot (4.80 €). Parce qu’il les (pi)vaut bien, du nez à l’oubli, c’est un gentil.

 

Mais quand même on n’est pas croyant, le clerc ne nous a pas convertis, et pour ce qui est des incroyables, les vrais, c’est encore chez les cavistes qu’on les dégottera – pour la bonne raison que ces vins-là, ceux qui vous bluffent pour de bon, sont pour la plupart conçus dans des volumes relativement faibles, et donc incompatibles avec la grande distribution. En un sens, tant mieux : les diamants sont chez les cavistes, les zircons chez Leclerc. C’est déjà pas mal, Edouard.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

© Vindicateur, 04/2010