Classements, agréments : y a-t-il un pilote dans l’INAO ?

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Le nouveau classement de Saint-Emilion est tombé. Avec son Château Angelus promu sur la toute première marche, Hubert de Boüard est aux anges. C’est aussi le président des grands crus classés de Saint-Emilion et du comité régional de l’INAO ? So what. C’est encore un proche des membres de la commission chargée de trancher ? So what. Ah, et la qualité du vin compte pour seulement 30% de la note à l’origine de ce classement ultime ? So what ! Plus bas, ailleurs, des vignerons très recommandables perdent leur AOC, parce que leurs vins sortent trop du rang selon le goût étroit de certains, ou à cause de règles d’encépagement étranges. C’est tout un système, un vieux système, derrière lequel on trouve l’INAO… L’institut est-il encore digne de son rôle ?

Saint-Emilion sort-il grandi de ce nouveau classement ?

 »Béatitude », c’est l’état dans lequel se trouve Hubert de Boüard depuis la nouvelle : son grand vin, Angelus, est promu au rang maximal du classement de Saint-Emilion. Premier Grand Cru Classé A. Un titre pareil, à peine si ça tient sur l’étiquette. De Boüard, président du comité régional de l’INAO, président de la section grands crus classés de Saint-Emilion, a sûrement longuement bataillé pour en arriver là. En coulisse aussi. Bien ouèj, Hub.

D’ailleurs, les critiques ont immédiatement fleuri à propos de l’organisation de la commission chargée d’élaborer ce nouveau classement. Pour le dirigeant d’un cru classé situé sur le plateau, interrogé par la RVF,  »il est tout de même étrange que cette commission soit composée d’amis et de connaissances de Hubert de Boüard… ». Tu m’étonnes. On a pu également lire des commentaires du genre :  »Un classement politiquement bien construit ». A ce niveau, on est loin, très loin du vin.

D’autres le considèrent déjà biaisé, invalide. Pierre Carle, du Château Croque-Michotte, dont le dossier a été rejeté et qui depuis porte la fronde, soulève un point, aussi cocasse que lamentable :  »La commission nous a écrit qu’aucune démarche environnementale n’avait été effectuée dans la propriété alors que nous sommes certifiés bio depuis 1999. »

En réalité, Carle estime surtout qu’on a voulu lui  »faire payer » ses prises de position (qui avaient notamment conduit à l’annulation du classement de 2006). Carle et quelques autres expliquant par ailleurs que les  »déclassés » sont souvent ensuite approchés pour être rachetés…

Autre perdant, déclassé, La Tour du Pin Figeac, qui avait pourtant  »grave investi dans le nouveau chai », et ce  »sans subvention », précise un proche.

Alors, que penser d’un classement manifestement issu de choix au moins aussi politiques et intéressés, qu’objectifs et fondés ? Que ça sent les WC propres : ça veut se donner bonne figure, mais ça reste quand même des chiottes.

 

Empêcheurs de boire en rond

Pendant ce temps, ailleurs en France, Jérôme Bressy est en passe de perdre son AOC Rasteau, lui qui est en l’un des tout meilleurs représentants dans son domaine de Gourt de Mautens. Tout ça parce qu’il a replanté des cépages historiques de la région, aujourd’hui proscrits. Des cépages modestes qu’on veut rayer de la carte.

Du côté de Bergerac, Mathias Marquet se fait saquer sa (très bonne) cuvée Racigas 2011 à l’agrément. Il est un peu dégoûté, forcément, et se barre du côté des  »Hell’s Angels du pinard », autrement dit en vin de France.

Aujourd’hui même, le domaine des Côtes de la Molière annonçait s’être fait  »déclasser une vigne », parce qu’ils ont  »attaché chaque cep à un piquet avec de l’osier et qu’il aurait fallu mettre des ficelles bleues ».

Et ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres, nombreux, des réglementations rigides, tarées, qui encadrent les AOC, et derrière lesquelles, tout au fond à gauche, l’INAO trône, pépère.

En résumé, l’INAO part pas mal en vrilles. Oh ça ne date pas d’hier, mais il arrivera bien un jour où l’appareil percutera le sol. Et à tous les empêcheurs de boire en rond, les chemineurs de traverse, les précarisés de l’hectare, Deftones rappelle :  »Be quiet and drive ». Parce que le changement, c’est peut-être pas maintenant, mais à l’horizon couve forcément un soleil différent (vu le bordel ambiant).

 

Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ? (©Paramount Pictures/DR)

©Vindicateur, 09/2012