Baux, Clos-Vougeot : un pont trop loin ?

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Dans la série des couples a priori improbables, on entrechoque cette fois un Baux de Provence (Clos Milan 1999) et un Clos-Vougeot (Château de la Tour 1999). Y a-t-il un lien inédit à déceler entre ces deux vins, un pont entre ces deux paons ? Et puis surtout sont-ils bons, trop bons ? Dégustation comparée sur 24 heures.

Heure zéro : on ouvre, on goûte

 

Clos-Vougeot : ce grand cru de Bourgogne archi-réputé sent le Hollywood chewing-gum à la chlorophylle, une tablette dans chaque narine, c’est très net et agréable, rien de trivial. En bouche, une élégance vaguement sucrée, qu’on suçote longuement entre la langue et le palais. Beaucoup de plaisir précis.

 

Milan : un animal marron s’ébroue de la terre sucrée dans laquelle ce Baux s’est roulé. La bouche est décharnée, avec une loupiote d’acidité pâle qui éclaire une fraicheur, ça palpite encore…

 

 

Heures un, deux : les vins bien dégagés aux épaules, ont respiré

 

Clos-Vougeot : un fruit sort de la chlorophylle, mutant, mi-prune mi-cerise ; une évolution en costume, c’est propre, bien mis. En bouche, l’acidité marque le palais, elle enfle, le vin gagne d’autant, en ampleur et en fraicheur, pour disparaître enfin sur un clin d’œil de pure cerise.

 

Milan : le nez se teinte de fruit, de cèdre et de cire d’abeille. En bouche, le vin a fait de la muscu : il a pris du corps, sur les agrumes, pour fondre sur l’acidité… Et la gourmandise sort jack-in-the-box, secoue sa tête dans une longueur hilare ; un rire assez gras et communicatif.

 

 

Heures cinq, six : les vins sont tout assouplis

 

Clos-Vougeot : à ce stade un buisson de fraicheurs variées frétille au nez. Puis un TGVougeot d’acidité file en bouche, créant un courant d’air de fraicheur et une longueur fumée – ou plutôt smog.

 

Milan : Mûr, bien charnu mais équilibré, le vin a pris quelques degrés d’élégance et de sérieux… Aurait-il fait quelques pas sur le pont en lego ?

 

 

Heure vingt-quatre : game over

 

Clos-Vougeot : le nez a cueilli quelques fruits noirs, brillants de rosée, assombris d’un fumé nettement réglissé. L’acidité n’a pas dit son dernier mot en bouche, mais le vin est désormais plus suave. Suave et tendu… Grand saut à l’élastique, vers une beauté classique, frappante par moments.

 

Milan : Nez en forme de soleil d’automne, thé citronné. La bouche est acquise, ample et profonde, avec un bel amer terminal… Comme une Rom qu’on ne veut surtout pas expulser !

 

 

Epilogue

 

Deux vins évolués et changeants, dont les zigzags les font se rapprocher par instants – ce qui rend le lego légitime. En somme, une beauté classique et une belle gitane… La beauté les met d’accord.

 

 

Antonin Iommi-Amunategui

©Vindicateur, 10/2010