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Portraits - 20/10/11 À 14H01

Olivier Cousin : ''L'INAO est au service des vins rentables et polluants''
Le vigneron Olivier Cousin a commis une faute répréhensible aux yeux de la loi : il a mentionné un nom d’appellation – Anjou – sur l’étiquette de ses vins de table. Il risque aujourd’hui une amende de 37 500 € ou même la prison. Un vaste mouvement de soutien, international, s’est créé puis développé via Internet… Buzz dans un verre de vin ou véritable scandale icebergué ? Entretien.

Vindicateur – ''Anjou Olivier Cousin - AOC'' imprimé sur des cartons de tes Vins de Table, c'est cela que la Répression des Fraudes te reproche ? Et tu encours vraiment 2 ans de prison et 30 000 € d'amende ? 

 

Olivier Cousin : L'inscription ''Anjou Olivier Cousin'' sur les cartons n'est pas l'objet du procès-verbal, cela fait plutôt sourire le contrôleur... La fraude vient du fait d’inscrire sur la contre-étiquette ANJOU PUR BRETON, de mettre sur l’étiquette ''l’éthique du domaine'' et ''mise en bouteille à la propriété'', et d’indiquer parfois le millésime, parfois le cépage : autant de mentions trompeuses sur le produit, puisque c'est un vin de table… Le mot ANJOU étant réservé aux vins d’appellations, il y a en effet tromperie répréhensible de 37 500 € ou 2 ans de prison maximum (la peine de mort étant abolie depuis 30 ans). Le procureur de Maine et Loire décidera de mon sort.

 

 

Vindicateur – Quels sont tes éventuels recours ?

 

Olivier Cousin : Mon recours sera le tribunal. Désormais nous sommes nombreux à nous plaindre de ces mesquineries administratives et du lobby des syndicats et des interprofessions. Il est temps de dévoiler le monde du vin tel qu’il est... Il vous faisait rêver ce monde ? Eh bien il vous trompe. On ne vous dit pas tout sur les publicités et les étiquettes. Le vin n'est pas toujours fait qu'avec du raisin… Je défends le droit d'étiqueter un vin artisanal naturel, comme un produit alimentaire de base, avec toutes les indications possibles.

 

 

Vindicateur – Une pétition de soutien lancée par Sylvie Augereau a déjà reçu plus de 700 signatures, et notamment celle de nombreux acteurs du vin (vignerons, cavistes, journalistes, blogueurs...). Qu'en espères-tu ?

 

Olivier Cousin : La pétition que Sylvie fait signer est très intéressante. Nous sommes nombreux à nous comprendre, et j'apprends plein de choses en lisant les commentaires sur ''Glougueule''.

 

 

Vindicateur – Comment t'expliques-tu cette solidarité, qui touche même des journalistes/blogueurs étrangers, anglais ou américains par exemple ?

 

Olivier Cousin : Je vends le peu de vin que je fais dans le monde entier, et j'explique d’ailleurs cette solidarité par le fait que nous travaillons dans le vrai et le vivant en faisant notre vin.

 

 

Vindicateur – Pourquoi tes vins ne sont-ils pas ou plus en AOC Anjou ? Est-ce que c'est de ton fait, un choix assumé, délibéré ; ou les conséquences d'un rejet systématique à l'agrément ?

 

Olivier Cousin : J'ai quitté volontairement l'AOC parce que le mode de production ne me convenait plus : trop de facilité, trop d'intrants autorisés, pas de notion d'écologie. Enfin, rien de brillant pour l'avenir. J'ai choisi la culture Biodynamique et le vin de table Angevin.

 

 

Vindicateur – Est-ce que tu as provoqué sciemment cette situation ? Est-ce que tu la recherchais, et si oui, pourquoi ?

 

Olivier Cousin : Oui, j'ai provoqué sciemment cette situation, j'ai défendu le vin d'Anjou et j'aime l'Anjou, et je ne peux plus supporter la tyrannie de l'interprofession.

 

 

Vindicateur – C'est quoi le problème de ton AOC, des AOC en général, selon toi ?

 

Olivier Cousin : J'ai produit pendant 25 ans du vin en appellation d'origine contrôlé, sans aucun contrôle, et maintenant que je fais du vin sans contrôle, je suis contrôlé ! Maintenant je fais du vin de table, toujours sur le même vignoble en Anjou, mais je ne fais plus de vin d'Anjou ? Aujourd’hui, la chose importante pour moi c’est de dénoncer la mainmise des syndicats viticoles et des interprofessions sur le vin ; qui barrent la route aux vins naturels, biologiques ou biodynamiques... L'INAO est au service des vins rentables et polluants.

 

 

Propos recueillis par Antonin Iommi-Amunategui

Photo : Eva Robineau joue la porte-flingue : ''Tirez pas sur le pianiste !''

©Vindicateur, 10/2011


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Vos commentaires (6 réactions)
ivo l'escarpolette dit : Trop de rayons sont remplis de blls de drouille vendue sous la bannière AOC!!! Vouloir changer le système de l'intérieur? Autant pisser dans un violon... Bon nombre de syndicats ne deffendent plus les intérêts de leurs adhérents mais ceux d'une industrie et bien souvent sont présidés par des dirigeants de cette même industrie!
Rédigé le 20/10/11 à 20:48

Antonin Iommi-A. dit : Il faut, je pense, nuancer le propos d'Olivier Cousin : il ne met pas en cause l'AOC en tant que telle ; mais son organisation dans le cadre d'un système qu'il estime bancal, partial. Sur cette question de fond, les avis des vigneron-ne-s sont essentiels.
Rédigé le 20/10/11 à 18:05

vinblog dit : Olivier Cousin est un mec courageux! Il affronte les dysfonctionnements de l'AOC. Et il a bien raison. Cependant je penses qu'il faut être mesuré, l'AOC est aussi une bonne choses. Elle a fait de la viticulture Française ce qu'elle est aujourd'hui.Préserver et protéger la diversité de notre viticulture.
Rédigé le 20/10/11 à 16:33

Vinditracteur dit : Justement, nos modes de production "traditionnels" sont mis en périls par nos institutions... C'est de ça dont il s'agit en l'occurrence. Aujourd'hui, dans de nombreuses appellations, celui qui ne triche pas, celui qui ne maquille pas ses vins, celui qui respecte le plus son terroir, c'est celui qui se retrouve à faire un vin différent...
Rédigé le 20/10/11 à 15:26

seb f dit : Pas certain que ce soit si important que ça d'éviter d'avoir des champagnes indiens. C'est une telle merde le champagne de nos jours !! Il n'y a qu'une poignée de producteurs qui travaillent correctement et ceux là, ce n'est pas l'AOC qui le sprotège et leur permet de vivre mais la qualité de leur travail. Je suis tout à fait d'accord avec Olivier, l'AOC défend de la merde, c'est du corporatisme. Et finalement je suis aussi d'accord avec le commentaire de Charlesp : il s'agit uniquement de faire rentrer dans le rang... Non les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux... Vive les insoummis
Rédigé le 20/10/11 à 15:15

Charlesp dit : La protection de l'origine c'est ce qui permet d'éviter d'avoir des Champagnes Indiens, des Sauternes Russes ou des Côtes du Roussillon Chinois ... a moins que vous soyez pour perdre la notion attachée au lieu de production il y a des règles dans un système et on se doit de les respecter. Les "Moi, c'est pas pareil" ou "Je me gare là juste 5mn" c'est faire le lit aux grosses machines industrielle qui ne veulent que faire rentrer le vin dans leur cases de la FAO. Sous prétexte de lancer une question, les débats comme celui la ne font que diviser les gens autour d'institutions qui nous protègent ... c'est a classer au même niveau que les fausses bonnes idées sur la de-alcoolisation ... Même si ce n'est pas la mode il faut savoir faire corps et être dans le rang pour garder nos modes de production et nos vignobles uniques et plutôt participer au système pour le faire évoluer que de croire que le faire exploser changera les choses en bien. A qui profite le crime ...
Rédigé le 20/10/11 à 14:50

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